2011/07/23

Le S de BRICS doit nous inspirer

 Ce S désigne l’Afrique du Sud bien sûr. L’Egyptien Serageldin a introduit son dernier discours “The Making of Social Justice: Pluralism, Cohesion and Social Participation” à Johannesburg par ces mots :

"Apartheid was the epitome of social injustice, and its overthrow was a great moral victory for freedom, equality and justice.  The light shining from South Africa has finally reached the northern part of the continent."
Après avoir lu son discours, vous pourrez ici pour vous replonger dans la récente histoire de ce pays, qui a vu l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela. Dans un pays socialement au bord du gouffre, cette transition s’effectue sans les atrocités qui accompagnent le plus souvent les révolutions. Comment cela a t’il pu se produire ? N’y a t’il pas des leçons à en tirer pour notre présent, dans un contexte de transition démographique dans de nombreux pays ? Voilà les questions à l’origine de ce texte, rédigé fin 2009 et que je publie aujourd’hui.

Une anticipation politique rétrospective: la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud pouvait-elle être anticipée ?

Nous retenons comme définition de l’Apartheid celle de «développement spatialement séparé», donnant un contenu géographique strict à une politique de discrimination raciale apparue dès le Land Act de 1913, puis largement développée et renforcée par le Parti National à partir de 1948.
La date précise de la fin de l’Apartheid ne fait pas consensus. Ici, puisque l’Apartheid est avant tout l’expression d’une politique, nous choisissons de retenir la date du 5 Juin 1991, quand le Parlement a abrogé les Land, Group et Population Registration Act.
Ce fait établi de manière formelle la volonté de changement de politique.
Nous n’avons pas retenu les dates du 11 février 1990 (libération de prison de Nelson Mandela), celle du Prix Nobel de la paix le 15 Octobre 1993 pour Mandela et De Klerk ou celle des premières élections multiraciales des députés à l’Assemblée Nationale et de la dissolution des bantoustans le 27 avril 1994, et qui vit la victoire de l’African National Congress (ANC). Ces députés ont ensuite élu le 9 mai 1994 Nelson Mandela à la présidence de la République.
La fin de l’Apartheid est clairement un processus qui s’est étendu sur plusieurs années, et qui d’une certaine façon continue encore de nos jours : « depuis 1994, seulement 3,6 % des fermes ont été redistribuées aux 1,2 million de noirs alors que 60 000 blancs possèdent et gèrent toujours 80 % des surfaces cultivables. Le gouvernement s'était donné en 1994 comme objectif de redistribuer 30 % des terres d’ici 2014. » (1)
La façon dont il s’est dénoué après 1991 n’est certes pas du au hasard, mais ce n’était qu’une voie possible parmi d’autres, beaucoup plus chaotiques, mais qui aurait toutes conduit à la fin du développement géographiquement séparé entre ethnies.
Nous retiendrons donc en particulier dans notre analyse les faits et évènements antérieurs à juin 1991, ou les données applicables à cette période. Pour une brève chronologie des évènements historiques ultérieurs, le lecteur pourra se reporter aux références 1 et 2.
Nous nous proposons d’analyser à la fois le Comment, c'est-à-dire l’analyse rétrospective des données de court ou moyen terme internes à l’Afrique du Sud qui pouvaient être utilisées pour anticiper la fin de l’apartheid, mais aussi commencer par le Pourquoi, c'est-à-dire à éclairer les tendances de fond et les interactions avec les autres nations, et en particulier la géostratégie, la géopolitique et la géoéconomie.

Synthèse géopolitique et géostratégique de l’Afrique du Sud avant 1991

La géopolitique doit évidemment prendre en compte les évènements suivants :
  • la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et l’effondrement très rapide de l’URSS
  • l’indépendance le 21 mars 1990 de la Namibie
  • l'invasion du Koweït par l'Irak à partir du 2 août 1990, et le début de l’offensive militaire des Alliés contre l’Irak le 16 janvier 1991
Le conflit depuis 1945 entre les USA et l’URSS avait donné lieu en Afrique australe à une position bien définie :
  • Une alliance de l’Afrique du Sud avec les USA au moins jusqu’en 1975
  • L’Afrique du Sud comme puissance régionale, avec une influence stratégique sur ses voisins : le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique, la Zambie, le Malawi et au nord la Tanzanie (Madagascar restant isolée des affaires continentales) c'est-à-dire hors de la « diagonale du vide » et de la sphère d’influence de la Françafrique. Cette influence se concrétise dans la main mise de l’Afrique du Sud sur toutes les principales lignes de chemin de fer dans l’Afrique Australe (1, et Atlas Geostratégique 2009, Diplomatie HS 10), contrôlant ainsi tous les acheminements de matières premières dont la région est particulièrement riche (or, diamant, uranium, métaux mais aussi pétrole & gaz…) vers les ports des différents pays.
  • L’Angola comme seul pays résistant durablement à l’influence régionale de l’Afrique du Sud (1)
  • Un soutien marqué du bloc soviétique en Angola depuis 1975 (via notamment les 55000 militaires envoyés par Cuba)
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La crise Angolaise entre le MPLA au pouvoir, l’UNITA et leurs soutiens étrangers respectifs va connaître un dénouement historique le 15 novembre 1988 à Genève, par un accord entre Angola, Afrique du Sud, USA et Cuba, suite aux avancées du 20 Juillet et de l’accord de paix du 22 aout 1988 entre l’Angola et l’Afrique du Sud (1). C’est cet accord qui prépare le terrain pour l’indépendance de la Namibie en 1990, laquelle était jusqu’alors une province administrée par Pretoria. Bien que les USA aient aidé l’UNITA à partir de 1986, ils vont faire pression sur l’Afrique du Sud pour accepter l’’indépendance de la Namibie en échange du retrait des troupes Cubaines.
Au chapitre des causes de cet accord, on peut dire que si l’URSS avait fait la preuve en 1975 de sa réelle capacité à se projeter militairement (avec Cuba) loin de ses bases (et pour la première fois dans un pays du Tiers Monde), cet accord de 1988 souligne la volonté de l’URSS de se désengager de ses positions lointaines… un prémisse parmi d’autres de la chute du Mur de Berlin.
Au chapitre des conséquences de cet accord, on peut dire que les USA en sortent vainqueurs :
  • les importations d’Angola vers les USA ont été multipliées par presque 2,9 entre 1988 et 2000, et encore par 5,3 entre 2000 et 2008 (1). En 2008, l’Angola fournit 4,5% du total du pétrole importé par les USA, presque autant que l’Iraq et seulement 2 fois moins que l’Arabie Saoudite (1).
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  • Les premières lois à être votées par les nouveaux régimes en Angola et en Namibie concernent les exploitations de matières premières (taxes, concessions et royalties). Les concessions de prospection de pétrole et de gaz ont été attribuées en Namibie aux compagnies américaines, néerlandaises et d’Afrique du Sud en premier lieu (1, 2).
  • La mise en production de la mine d’or de Navachad en 1989 en Namibie (identifiée depuis 1984) a dès 1990 permis de produire régulièrement plus de 2 tonnes d’or par an (davantage que la production actuelle de la Guyane française, 53ème producteur mondial) (1, 2). Les sociétés propriétaires d’origine étaient Erongo Exploration and Mining Company (une filiale de Anglo American Corporation dont le siège est à Londres et les principaux actionnaires sont des banques américaines telle JP Morgan Chase ; 70 %), Metal and Mining Company of Canada (20 %) and Rand Mines Exploration Company (Afrique du Sud ; 10 %). (3, 4, 5)


De la géopolitique à la politique intérieure : du pourquoi au comment

Quelques coïncidences vont venir accélérer le cours de l’histoire (1) :
  • Le ministre sud africain des affaires étrangères, Pik Botha, voit les billets d’avion sur le vol Pan Am 103 pour New York de sa délégation non confirmés au dernier moment. La délégation échappe ainsi à l’attentat de Lockerbie, et rejoint le siège de l’ONU à New York par l’avion précédent pour la signature officielle de l’accord tripartite le 22 Décembre 1988.
  • Le 18 Janvier 1989, le président sud Africain, PW Botha subit un infarctus qui l’empêche d’assister à la réunion du 20 janvier avec les Namibiens à laquelle il se fait remplacer. Il revient aux affaires le 1er Avril 1989 quand la résolution 345 des Nations Unies (période de transition de 11 mois de la Namibie vers l’indépendance) entre en vigueur officiellement.
En septembre 1989, Botha est contraint à la démission. Le premier ministre Frederik De Klerk est élu président. Il amorce immédiatement l’abandon du régime de l’apartheid. Le 2 février 1990, les partis ANC, PAC et le parti communiste (SACP) sont légalisés de nouveau. (1)
On remarquera aussi que Nelson Mandela, libéré le 11 février 1990, fait son premier voyage à l’étranger le 13 juin à New York, le 16 juin à Amsterdam et le 20 il retourne à New York (1).
En aout 1990 le gouvernement rencontre l’ANC, plus modéré que l’Inkatha Freedom Party (IFP) et demande la nomination d’un nouveau gouvernement et d’une nouvelle constitution assurant une voix pour chaque citoyen. Toutes les lois raciales relatives à la vie quotidienne des individus ( Separate Amenities Act) sont abrogées au mois d'octobre 1990 (1). Le 1er février 1991, de Klerk annonce au Parlement des réformes majeures, et notamment l’annulation des Land Acts de 1913 et 1936. (1)

Synthèse géoéconomique de l’Afrique du Sud avant 1991

On ne peut pas évoquer l’Apartheid sans mentionner le rôle joué par les sanctions économiques d’un certain nombre de pays envers l’Afrique du Sud, à la suite du fort mouvement de protestation qui ont animés leurs sociétés civiles, lequel faisait suite aux violentes répressions répétées des émeutes en Afrique du Sud, en particulier depuis 1976.
Les sanctions contre l’Afrique du Sud ont commencé à l’initiative des pays africains (Defiance Campaign). Leur effet a été nul du fait du faible poids économiques de ces partenaires.
Les sanctions économiques ont pris un nouvel essor en 1984, par des sociétés privées américaines qui se sont retirées d’Afrique du Sud (90 sociétés en 2 ans). La aussi l’effet sur l’Apartheid a été négligeable.
Est-ce que les sanctions plus importantes prises dans la foulée ont pu avoir une influence sur la transformation politique ?
La plupart des informations trouvées, notamment sur Wikipedia, l’affirment. Cela va dans le sens de la volonté de trouver un effet politique réel de la forte campagne de protestation dans les pays occidentaux. Pourtant l’étude de Hefti et Staehelin-Witt (2003) apporte des éléments beaucoup plus détaillés sur les divers types de sanctions commerciales et économiques, et sur leurs effets sur la politique du gouvernement sud-africain. La conclusion est sans équivoque :
“On ne peut attribuer aux sanctions économiques qu’une modeste contribution au processus, dans le meilleur des cas. De Klerk n’a pas subi, de la part de la population blanche, de pression en vue de céder aux exigences des pays sanctionnants. C’est ainsi qu’une enquête portant sur l’effet des mesures économiques dirigées contre l’Afrique du Sud (autrement dit, outre les sanctions économiques, le blocage des crédits de 1985, lequel a débouché sur la crise de la dette, la campagne de désinvestissement et le boycott par l’étranger de certains produits sud-africains, et en particulier des produits agricoles), a montré qu’en 1989 encore, malgré ces mesures, la population restait opposée à la suppression de l’apartheid. De même, une majorité n’aurait pas voulu céder à des sanctions économiques renforcées.”
Cette affirmation est aussi confortée par l’analyse de l’effet des sanctions sur la fuite nette de capitaux hors de l’Afrique du Sud (1) :
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Les fuites de capitaux en 1985 n’ont pas atteint un seuil très différent des minimums auparavant observés.

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Pourtant cette année a connu la « crise de la dette sud Africaine » (refinancement de la dette court terme du pays) immédiatement suivie par le credit crunch des banques américaines sur les attributions de nouveaux prêts dans ce pays, puis par une loi votée par le Congrès américain. La devise a perdu de sa valeur ce qui a accentué les difficultés économiques du pays. Mais la banque centrale sud africaine a limité les effets en imposant fin 1985 une monnaie virtuelle « le Rand financier » pour les sorties de capitaux par les autres pays. (1, 2)

La démographie de l’Afrique du Sud

Le premier fait frappant dans la société de ce pays réside dans l’hétérogénéité spatiale des ethnies, résultat de longues années de séparation géographique par ségrégation, et inchangée dans les cartes issues du recensement de 2001 (1) :

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On aurait tort de croire cependant que les groupes ethniques étaient parfaitement séparés. Les données de 1996 montrent qu’il n’y a pas de province où les Blancs soient totalement absents :

Eastern
Cape
Free
State
Gauteng Kwazulu-
Natal
Mpuma-
langa
Northern
Cape
Northern
Province
North
West
Western
Cape
South
Africa
African / 
Black
86.4 84.4 70.0 81.7 89.2 33.2 96.7 91.2 20.9 76.7
Coloured 7.4 3.0 3.8 1.4 0.7 51.8 0.2 1.4 54.2 8.9
Indian / 
Asian
0.3 0.1 2.2 9.4 0.5 0.3 0.1 0.3 1.0 2.6
White 5.2 12.0 23.2 6.6 9.0 13.3 2.4 6.6 20.8 10.9
Unspecified /
Other
0.6 0.4 0.8 0.8 0.6 1.5 0.7 0.5 3.1 0.9
Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0
Le deuxième fait marquant est la différence de traitement social que recoivent les diverses ethnies, et qui se traduit par le taux de chomage :


On est donc amené à se poser la question du rapport numérique entre les populations, et leur évolution dans le temps. Il apparaît clairement que la proportion de la population blanche diminue très rapidement, comme déjà noté dans ce rapport statistique de 1986 : « the Whites have shown the lowest growth rate of all the population groups for the last 6 years ». C’est même un effondrement puisque le taux de croissance est divisé par 2 :
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On peut même tracer cette chute dans les données statistiques remontant jusqu’à 1960. Cette tendance continue à être bien présente pour toutes les tranches d’âge de la population (Age distribution in five-year intervals by population group ; données de 1996)

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Les colonnes additionnelles notées « P% » indiquent la proportion de la population pour chaque groupe ethnique et ayant moins de 70 ans, moins de 55, moins de 40, moins de 25 et moins de 10 ans. Les blancs passent de 10 à 6 %.
Cette pression démographique à la baisse pour les Blancs, bien qu’elle soit le résultat de plusieurs facteurs (émigration des Blancs à l’étranger surtout après 1991, taux de fécondité plus faible et en rapport avec leur situation socioéconomique, inquiétude due à la criminalité…) ne peut également manquer d’être analyser comme un échec annoncé du développement séparé, et harmonieux, de la société blanche.

Eléments clés de l’anticipation politique

L’influence des USA (et en particulier de ses banques) sur la fin négociée et rapide de l’apartheid a bien été déterminante. En effet la stabilité sociale de l’Afrique du Sud était d’un intérêt national vital pour les USA, pour les raisons géostratégiques, géo économiques et démographiques que nous avons évoquées
La citation suivante résume la doctrine de l’anticipation qu’il était possible de produire avant 1991 :
The U.S. has a vital national interest in preventing a further escalation of violence, confrontation, and economic impoverishment in Southern Africa. If sanctions on investment and trade with South Africa are broadly supported in the Western world, they could trigger catastrophic consequences for the eighty million people in the seven African countries dependent on South-Africa for food, trade routes electricity, and other necessities. In short, sanctions policies that promote further disorder in South Africa could have a profound residual impact of causing the Ethiopianization of all of southern Africa.” (1)


[Annexe 1]

Cette répartition géographique de l’Afrique du Sud a favorisé la permanence de langages multiples :

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South Africa municipalities by language
Lighter shades indicate a non-majority plurality. Data from the 2001 census

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[Annexe 2] Les principales lois d'apartheid

 1949
§ Loi sur l'interdiction des mariages mixtes (Prohibition of Mixed Marriages Act)
1950
§ Loi d'immoralité (Immorality Act) pénalisant les relations sexuelles entre Blanc et non Blanc.
§ Loi de classification de la population (Population Registration Act), distinguant les individus selon leur race.
§ Loi de suppression du communisme (Suppression of Communism Act), permettant d'interdire tout parti politique catalogué comme communiste par le gouvernement.
§ Loi d'habitation séparée (Group Areas Act) répartissant racialement les zones urbaines d'habitation.
1952
§ Loi sur les laissez-passer (Pass Laws Act) faisant obligation aux Noirs ayant plus de 16 ans d'avoir sur eux un laissez-passer en l'occurrence un document ressemblant à un passeport qui stipulait s'ils avaient une autorisation du gouvernement pour être dans certains quartiers.
1953
§ Loi sur les commodités publiques distinctes (Reservation of Separate Amenities Act) ségrégant les toilettes, fontaines et tous les aménagements publics.
§ Loi d'éducation Bantoue (Bantu Education Act), concernant le programme scolaire des Noirs.
§ Retrait du droit de grève aux travailleurs noirs, interdiction de la résistance passive.
1954
§ Loi de relocalisation des indigènes (Native resettlement Act) : permet de déplacer les populations noires vivant en zones déclarées blanches.
1956
§ Loi sur le travail et les mines (Mines and Works Act) formalisant la discrimination raciale dans le monde du travail.
1959
§ Loi sur la promotion de gouvernements noirs autonomes (Promotion of Bantu Self-Government Act) créant les bantoustans sous administration des non Blancs.
1970
§ Loi de citoyenneté des Noirs des homelands (Black Homeland Citizenship Act) retirant la citoyenneté sud-africaine aux Noirs issus de communautés ethniques relevant de bantoustans déjà créés.
1974
§ Décret sur l'Afrikaans obligeant toutes les écoles, mêmes noires, à dispenser en afrikaans tous les enseignements de maths, de sciences sociales, d'Histoire et de géographie du niveau secondaire.
1976
§ Loi sur l'interdiction aux Noirs de l'accès à la formation professionnelle.

2011/07/12

Les jeunes Européens : une génération en quête d’un destin collectif entre héroïsme et accablement [Partie 2]

 Cet article parle de vous !

Suite au précédent article qui traitait l’approche historique focalisée sur la notion de garantie des droits, je propose ici en complément une conception générationnelle de l’anticipation sociale. 
Après l’âge des Etats-Nations et du multilatéralisme onusien, comment envisager différemment de garantir les droits ? Les propositions altermondialistes hésitent entre un vaste arsenal de réformes de toutes les organisations internationales, en commençant par l’ONU, et leur redéfinition complète. Dans tous les cas, l’ancrage du droit international au rocher de l’ONU, s’il est reconnu comme fondant sa légitimité, est systématiquement pensé comme un levier incontournable pour assurer une quelconque transformation de modèle vers un idéal universel. Ce parti-pris de la définition d’une cible idéale est repris par Edgar Morin, mais avec un cheminement inverse de la politique de civilisation, partant du niveau local et national et se propageant par sa réussite vers les autres pays.
Notre anticipation du champ social européen en 2030, plutôt que de partir d’une telle définition idéale, se base sur l’extrapolation des tendances visibles et déjà à l’œuvre. Celles-ci sont pour nous résumées dans des caractéristiques particulièrement marquées au sein des générations montantes, et qui ont éclos en réaction aux pratiques courantes actuelles perçues comme des impasses. La disparition naturelle des générations antérieures de la vie économique et électorale va faire progressivement émerger ces tendances comme étant dominantes d’ici 2030. Résister aujourd’hui contre leur montée semble vain au regard de l’histoire, et n’amène qu’à des passages intergénérationnels retardés mais plus violents, où les révolutions sont là pour rattraper le temps perdu de la progression des nouvelles valeurs sociales. 

Lisez la suite de cet article dans le Magazine d'Anticipation Politique Eté 2011, numéro spécial "Européens Décennie 2020-2030 : Bienvenue dans le monde d’après… les babyboomers !" qui vient paraître !  Il suffit de télécharger le PDF disponible simultanément en 4 langues : français, anglais, allemand, espagnolsous licence Creative Commons. 

Enfin des analyses pour éclairer sans langue de bois ni rèverie technophile le monde d'après demain et celui de nos enfants ! Faites-le lire autour de vous car cela nous concerne tous !

C'est un grand pavé dans la mare de la politique traditionnelle dédaignée par un nombre immense de citoyens, et de manière croissante par les jeunes générations. Ce numéro parle de nous tous, de notre futur, de ce que vous en ferez ou de ce que vous pouvez en faire dès aujourd'hui, en s'appuyant uniquement sur des données très concrètes notamment fournies par Fondapol.org. Le temps est venu de dépasser les discours sempiternels des partis traditionnels et de se réapproprier notre futur. Parce que si vous ne faites pas l'effort de penser, quelqu'un pensera toujours à votre place, et à votre détriment.

Les jeunes générations Indignées n'ont pas envie de s'assoupir, elles devront comprendre quels sont les choix à faire et quel est le futur qui les attend. Et il n'est pas obligatoirement aussi sombre qu'on pourrait le craindre, comme l'explique ce numéro, pour peu que ces générations utilisent leur conscience collective !