2013/11/20

Questions Internationales: les Etats-Unis, JFK, et la CIA

A.I. Solzhenitsyn
 Le bimensuel Questions Internationales publie ce mois (N°64, nov-déc 2013) un large dossier de 80 pages sur les "Etats-Unis: vers une hégémonie discrète". L'équipe éditoriale brosse au fil des articles un portrait des plus rassurants pour la situation de ce pays. Il restera le seul dominant nous dit-on ("hégémonie") et il choisit de lui-même de se montrer plus "discret". Pas fuyant, ni en déroute, ni même en retraite. Ni absent, ni ralenti, ni malade, ni convalescent, ni bien Sur impuissant. C'est un "repli apparent", "une politique extérieure furtive", et même "une modestie internationale affichée... qui nourrit une stratégie à long terme d'une hégémonie durable" selon Serge Sur (rédacteur en chef).

Page 8 on peut cependant noter un passage intéressant à propos du Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP) et des relais de l'influence des USA en Europe: 
"C'est ainsi que le projet, dont la négociation est ouverte, de zone de libre-échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis, tend à absorber l'Union dans une sorte d'Otanie économique qui compléterait la vassalisation sécuritaire, monétaire, financière de l'Europe occidentale. Règles, normes, standards américains seraient, par la force des choses, plus que jamais la loi commune au lieu de la compétition actuelle avec une Union qui sait conserver son autonomie. 
Pour cela, les Etats-Unis disposent, dans l'Union même, de relais actifs, publics ou privés. François Mauriac polémiste évoquait, à propos de certains hommes politiques européens, des "poulets nourris aux hormones américaines". Ils ont beaucoup de descendants dans tous les milieux."
Nous aurons l'occasion de revenir sur ce dossier USA de manière plus détaillée, comme nous l'avons déjà fait (en février, en mars). Il est plus urgent pour aujourd'hui de passer à un problème plus grave dans cette publication.

Questions Internationales est publié par La Documentation Française, imprimé par la Direction de l'Information Légale et Administrative, et bénéficie de la participation de Sciences Po Paris. Son rédacteur en chef, au CV académique, est actuellement juge ad hoc à la Cour internationale de justice de La Haye. Fort bien.

Pourquoi dès lors accepter la publication p110-114, à l'occasion du 50ème anniversaire de la mort de JFK, d'un article de Charles Cogan, ancien chef de la CIA à Paris, et qui commence par ce résumé:
"L'assassinat de John F. Kennedy fut commis par un tueur isolé, Lee Harvey Oswald dont l'acte s'explique en partie par son admiration pour Fidel Castro et son animosité envers le gouvernement et le président des Etats-Unis. Deux éléments suggèrent que Fidel Castro aurait pu être le commanditaire de l'assassinat : le caractère outrancier du personnage et le fait qu'il était au courant des complots ourdis contre lui par les frères Kennedy. A ce jour, aucune information probante n'est toutefois apparue pour corroborer cette hypothèse et la question reste ouverte."
De l'avis même de son auteur, rien ne vient corroborer cette hypothèse castriste 50 ans après les faits. Par contre, d'autres pistes ont été depuis patiemment investiguées, et qui viennent à la fois totalement invalider le rôle de Castro comme commanditaire de l'assassinat, révéler le rôle déterminant et positif joué par Robert Kennedy (dont je me souviens) auprès de son frère, pour le soutenir contre son entourage de conseillers dans la résolution de la crise des missiles; qui viennent également totalement invalider la thèse officielle du tireur isolé, et qui mettent en lumière le rôle de l'état profond (qui recouvre les officines comme la CIA et le FBI) dans la gouvernance du pays. 

J'aurais attendu du comité scientifique et du comité de rédaction d'un tel journal publié par nos institutions de la République un respect plus marqué des valeurs de vérité historique. Au strict minimum, une mention comme "Selon la thèse officielle de la commission d'enquête Warren,..." au début du texte aurait par exemple permis au lecteur de comprendre le nécessaire recul à avoir. Un encart pour donner brièvement un autre point de vue n'aurait pas été de trop non plus.

Je me vois donc obligé de mentionner moi-même ces éléments, puisque cela n'a pas été fait, afin qu'on ne pense pas qu'au pays des Lumières un tel discours honteux qui fait obstacle à la raison et à la vérité passe sans qu'un citoyen ne remplisse son devoir. Nous ne sommes pas à Washington, Dieu merci.

Pour être concis, nous rappelons les références suivantes. Les liens qui ne sont pas en italique conduisent aux textes intégraux et à leurs références documentées qui corroborent les propos: 

"The JFK Assassination: New York Times Acknowledges CIA Deceptions" Peter Dale Scott, Global Research, October 2009
- The Assassinations of the 1960s as `Deep Events'Peter Dale Scott, History-Matters.com, October 2008
JFK and 9/11: Insights Gained from Studying BothPeter Dale Scott, Global Research, December 2006
- The CIA, the drug traffic, and Oswald in Mexico, Peter Dale Scott, History-Matters.com, December 2000
- The 3 Oswald deceptions: The operation, the cover-up and the conspiracy, Peter Dale Scott; This piece was originally published in:Deep Politics II
- The Kennedy-CIA divergence over Cuba, Peter Dale Scott, History-Matters.com; This piece was originally published in: Deep Politics II
- CIA files and the pre-assassination framing of Lee Harvey Oswald, Peter Dale Scott; This piece was originally published in: Deep Politics II 
Deep Politics II: Essays on Oswald, Mexico and Cuba. The New Revelations in U.S. Government Files, 1994-1995. Newly Revised Edition, 1996. JFKLancer Publications
- Deep Politics and the Death of JFK, Peter Dale Scott, 1993, University of California Press.

On pourra aussi s'intéresser aux travaux publiés de la commission parlementaire "Select Committee on Assassinations" de 1979 qui concluent notamment:
"The committee believes, on the basis of the evidence available to it, that the Cuban Government was not involved in the assassination of Kennedy."

Et je rappelle à Serge Sur que le maintien de cette parole est une condition nécessaire de justice. Je cite en anglais puisqu'il comprend fort bien cette langue:
"In keeping silent about evil, in burying it so deep within us that no sign of it appears on the surface, we are implanting it, and it will rise up a thousand fold in the future. When we neither punish nor reproach evildoers, we are not simply protecting their trivial old age, we are thereby ripping the foundations of justice from beneath new generations." 
(A.I. Solzhenitsyn, 1918 – 2008 ; The Gulag Archipelago, 1958-68)
J'ai résumé les causes socio-politiques qui ont conduit au drame du 22 Novembre 1963 dans la première partie de cet article publié en Mars. Parce que la justice n'a jamais pu s'exercer de manière satisfaisante, cette date marque celle de l'émancipation officieuse mais définitive de l'appareil sécuritaire américain vis-à-vis de l'Etat de droit. Ce n'est pas un acte de naissance de l'Etat profond, mais c'est un acte hautement visible et symbolique de son pouvoir, geste rendu logique à ses yeux parce qu'il n'avait pas pu contrôler cet opposant puissant.

La leçon que l'Histoire nous a donnée, retranscrite ici par Solzhenitsyn, nous explique la lente dérive du contexte socio-politique américain étouffé par cet Etat profond jusqu'au coup d'Etat permanent démarré en 2001. J'ai synthétisé l'accélération de cette dérive jusqu'à nos jours dans la deuxième partie de l'article, donnant ainsi un cadre cohérent pour appréhender les conséquences prochaines que j'exposent en conclusion, et en particulier l'inévitable contre-révolution du peuple américain qui conduira nécessairement à ré-exposer en pleine lumière l'intégralité des dessous de cette affaire.

Une société qui se pense libre ne peut en aucun cas faire l'économie de la justice, et réciproquement: une société qui fait l'économie de la justice ne peut se penser libre. C'est pourquoi le système judiciaire américain est autant miné de l'intérieur, et le premier ouvertement remis en cause. Sa défaillance a entraîné les sonneurs d'alarme toujours plus loin, en boule de neige jusqu'au tremblement de terre Snowden qui a écroulé les jeux d'alliance chancelants du gouvernement US.

L'Histoire retiendra que les individus au sein de l'Etat profond ont voulu jouer avec des forces sociales qui les dépassaient, et dont ils n'ont jamais compris la portée, comme tous les tyrans. Ils ont vécu dans l'illusion, ont donc voulu imposer l'illusion de masse à un niveau jamais atteint dans l'Histoire, et ils sont finalement rattrapés par la réalité. Tout le monde peut voir maintenant qu'un César multiforme a bel et bien franchi le Rubicon et que les institutions sont devenues des simulacres. Les masques et les décors de carton tombent. C'est l'effet de dévoilement de la crise.

Le long processus de dé-américanisation du monde passe nécessairement aussi par une dé-américanisation de l'Europe. Dans ce berceau historique de l'esprit démocratique, ce mouvement se traduit de manière plus aiguë par un dépassement des représentants de ce que Francis Dupuis-Déri a nommé l'agoraphobie politique, c'est à dire la peur ou la haine du peuple assemblé pour délibérer et se gouverner. Cette peur justifie dans l'esprit de ceux affectés qu'une élite auto-proclamée exerce son «pouvoir sur» le peuple, se situant donc dans un rapport dialectique de domination hiérarchique et de confiscation du pouvoir.

[Conclusion de l'article complétée en plusieurs ajouts entre le 20 et le 26/11]