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2014/11/22

Le Référendum des Suisses sur l’Or : une Bonne Idée aux Conséquences Imprévues

Je publie ici la traduction en français que j'ai faite de l'article de Keith Weiner, "Swiss ‪Gold‬ Initiative: Good Idea With Unintended Consequences" publié cette semaine sur Forbes.com, avec l'autorisation de l'auteur.

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Il se prépare en ce moment une initiative très intéressante en Suisse, sous la forme d’un référendum qui vise à imposer à la Banque Nationale Suisse (BNS) de maintenir 20 % de ses réserves en or. Les électeurs se prononceront le 30 novembre. Je ne cherche pas prédire le résultat du vote, mais je veux discuter ici de l'impact probable en cas de victoire du oui.

La plupart des analyses sur cette initiative porte sur le prix de l'or. Une prédiction typique est que ce dernier va monter, puisque l'achat d’or de la BNS excéderait l'offre. Cependant Mike Shedlock note que, "Quasiment tout l'or jamais extrait est disponible ...". En effet l'or est infiniment recyclable. La demande de la BNS serait faible par rapport aux stocks d'or présents à travers le monde, et c’est pourquoi le prix ne variera pas beaucoup. Shedlock ajoute: "Il est tout à fait possible que les achats de la BNS pourraient modifier de manière significative les perceptions ...". Je suis d'accord que le sentiment du marché est mûr pour basculer.

Le prix n’est pas une perspective très intéressante, sauf si vous êtes un trader sur le marché de l’or. Il est beaucoup plus important de noter que le référendum propose le premier changement monétaire positif depuis des décennies. Il réintroduit un lien entre l'or et l’activité bancaire, et impose un obstacle à la dévaluation monétaire. Pour cela, les Suisses sont des héros.

Il existe une faille critique dans notre système de devises flottantes. Chaque actif financier est une dette portée par quelqu'un. Lorsqu’une devise varie, elle crée des gagnants et des perdants. Les grands mouvements peuvent nuire aux banques dont les portefeuilles de prêts sont situés dans d’autres pays.

C’est pourquoi la BNS ne permet pas actuellement que l'euro chute en dessous de 1,2 francs. Pour maintenir cette parité, la banque centrale vend des francs et achète des euros. Il n'y a aucune limite à cette dévaluation du franc délibérée, qui dépouille les épargnants suisses, les investisseurs et les entreprises.

Les grands exportateurs comme Swatch et Nestlé peuvent avoir exercé des pressions pour un franc suisse plus faible, dans l'espoir de rendre leurs produits plus compétitifs, mais ce n’est qu’un aspect annexe. Le but réel de la dévaluation du franc est de protéger les banques suisses de la dévaluation de l'euro. Elles sont vulnérables, parce qu'elles accordent beaucoup de prêts hors du pays. Ils ont des actifs libellés en euro et les passifs libellés en franc suisse. Ils subissent des pertes lorsque l'euro chute, ou que le franc monte.

Deux exemples permettent d'illustrer le problème. Tout d'abord, imaginons que Jens en Allemagne emprunte un million d'euros auprès du Crédit Suisse. Alors que l'euro chute, Jens rembourse la banque en euro dont la valeur est de plus en plus petite. Sur les livres de compte en franc suisse du Crédit Suisse, la valeur du prêt chute comme une pierre. Jens est heureux, mais le Crédit Suisse ne l’est pas.

Ensuite, regardons Adriana en Italie qui emprunte aussi de l'argent, mais pas en euro. Elle obtient un million de francs suisses d’UBS. Alors que l'euro chute, Adriana le ressent comme un franc en hausse. Son paiement mensuel monte de plus en plus. UBS est heureux, au moins au début, parce que le prêt d’Adriana est en francs. Cependant Adriana se retrouve coincée. Quand elle ne peut plus rembourser, alors UBS devient aussi malheureux que le Crédit Suisse.

A chaque fois, le capital des banques suisses s’érode. Si l'euro chute suffisamment, alors les banques pourraient faire faillite. Seulement, ils savent où est la limite, et ce n’est probablement pas trop loin sous de la parité actuelle de 1,2 francs.

En cas de victoire du oui, les déposants des banques suisses ne vont pas ressentir la douleur causée par la devise, au premier abord. Ils sont heureux de posséder des francs suisses, surtout si le franc est à la hausse. Au lieu de cela, ils devraient se soucier des conséquences inattendues de la fin de l’ancrage à l'euro. Leur franc fort ne sera pas bienvenu dans le cas d'insolvabilité bancaire.

Malheureusement le régime du papier-monnaie impose un dilemme amer au peuple suisse. Ils n’ont que le choix entre des pertes lentes par la dévaluation ou des pertes totales par la faillite. Ils méritent une meilleure option, celle d’une feuille de route concrète vers l'étalon-or.

Il est formidable que le peuple suisse lutte pour se rapprocher de l'or. Je suis un ardent défenseur de l'étalon-or, et je tiens à applaudir mes amis suisses. Pourtant, je dois les mettre en garde aujourd'hui. Je me rends compte qu'ils ont dépensé beaucoup d'argent et de capital politique pour arriver jusqu'ici, mais je ne veux pas gagner cette bataille et perdre la guerre. Ils ont besoin d'une nouvelle initiative populaire, qui prenne en compte les prêts des banques libellés en euro.


2014/04/08

Combler le vide stratégique


Ecoutez cette interview sur Xerfi Canal de Philippe Baumard, Professeur des universités à Aix-Marseille Université et chercheur au sein de la chaire Innovation & Régulation des services numériques de l'École Polytechnique.
Pourrait-on imaginer titre plus explicite que celui de « vide stratégique » ? Assurément non. On doit donc être reconnaissant à Philippe Baumard, figure emblématique de la discipline de l’intelligence économique d’avoir aussi clairement mis les mots sur nos maux actuels.
Ce serait donc l’incompétence des élites qui serait l’un des facteurs explicatifs déterminants de la crise que nous vivons depuis bientôt 7 ans… si ce n’est plus.

Une interview menée par Jean-Philippe Denis.



2013/06/25

#PRISM: voir avant, voir après

 J'ai eu le plaisir d'animer une session jeudi 20 à 13h lors de la dernière conférence Pas Sage en Seine 2013 (PSES2013), à propos de l'affaire #PRISM.

"Anticiper #PRISM et anticiper la suite de l'histoire : Le geste politique d'Edward Snowden avait été correctement anticipé dans un contexte de montée en puissance de l'hacktivisme aux U.S. Nous discuterons de l'utilisation de la méthode de l'anticipation politique pour cette analyse, et ce qu'elle nous apprend pour la suite de la transformation socio-politique en cours aux U.S."

Vous pouvez retrouver son enregistrement vidéo ici, et le support que j'ai utilisé ici. Il est diffusé sous CC BY SA. (Le micro ne fonctionnait pas toujours très bien, désolé pour la qualité du son.)

Un point important que l'on n'a pas abordé lors de cette session: l'implication du GCHQ et l'impact de cette information sur la politique intérieure du Royaume-Uni et sa relation avec l'Union Européenne.

2013/01/17

Stop the European bankers who are very reluctant to follow the new fixings regulation


Let's summarize the facts :
"Euribor-EBF believes that the Euribor benchmark should be run by an independent, non-profit driven structure, with the introduction of public supervision. [...] Euribor-EBF supports the introduction of European public supervision on benchmarks. Supervision should also apply before and after the fixing delivery."
"The European Commission [...] wish[es] to have the Euribor panel as large as possible in order to enhance the credibility of the benchmark. Therefore, they are considering making mandatory for banks with a significant turnover in the money markets to be part of the panel."
"Euribor-EBF agrees with the agencies that more specific controls have to be in place and that banks have to implement strictly the Code of Conduct they subscribe to when contributing to Euribor."
"[...] we are closely following the developments taking place as regards the shrinking number of panel members for establishing EURIBOR and EONIA rates. Given the authorities’ commitment to addressing the shortcomings revealed in the rate-setting process, it is in the interest of markets that banks remain in the panel while the regulatory framework is being amended and behave as responsible market participants, thus preventing potential disruption in the functioning of an important financial market segment."

One bank withdrew from the Euribor panel and four from the Eurepo panel between July and end November 2012. But the list of reluctant bankers is still growing :
  • Dec. 2012: HSBC ceases contributing to the Eurepo Index after 7 December 2012 
  • Dec. 2012: Rabobank stops contributing to the Eurepo & Eonia Swap Index on 11 December 2012 
  • Dec. 2012: DZ Bank stops contributing to the USD Euribor and Eonia Swap Index on 1 January 2013 
  • Jan. 2013: BayernLB has stopped contributing to the Euribor-Eonia, USD Euribor and Eurepo Indexes on 1 January 
  • Jan. 2013: Helaba Landesbank Hessen-Thüringen ceased contributing to the USD Euribor Index on 2 January 2013 
  • Jan. 2013: Banque et Caisse d'Epargne de l'Etat (Luxembourg) will stop contributing to Eurepo after 4 January 2013 
  • Jan. 2013: Raiffeisen Bank International (RBI) will stop contributing to Euribor, Eonia, USD Euribor and Eurepo on 15 January 
  • Jan. 2013: Société Générale will stop contributing to the Eonia Swap Index after 15 January
  • Jan. 2013: Citigroup will cease contributing to the Eurepo Index as of 1 February 2013
These banks are clearly defying the regulators and the European Commission, hence harming the EU financial stability and our common interest. This is irresponsible. As citizens, we can boycott these banks. But we can also collectively ask to the european banking regulators to withdraw their banking licences, if the European Commission do not make them mandatory quickly to be part of the panel. If players do not want to play the new rules, they are not the players any more.

Euribor-EBF current Panel Banks
  • Euribor® Panel Banks : here
  • Eonia® Panel Banks : here
  • Eurepo® Panel Banks : here
  • Eoniaswap® Panel Banks : here

Update 02/08/2013 : citizens have been listened by EC 
"The Governing Council of the European Central Bank welcomes the European Commission’s intention to introduce further legislation regulating systemically important reference rates. [...]
The Eurosystem notes the recent decisions of some banks to withdraw from the Euribor panel. [...]
For such rates to remain representative, it is essential that there is an appropriate level of bank participation in the respective panels. The Eurosystem therefore welcomes the Commission’s intention to also include in its legislative proposal the power to compel mandatory submissions for systemically important reference rates, in order to prevent disruptions to their production process."
Source: ECB press release

"The Commission is considering a legal obligation for banks to participate in Euribor. Euribor-EBF considers this as a sensible precautionary measure against which there can be no objection."
Source: Euribor-EBF


Update 02/18/2013 : too-big-to-be-ruled banks (or thinking so) are still defying the EC and Euribor-EBF
  • Feb. 2013: Barclays will cease contributing to the Eurepo Index as of 18 February 2013
  • Feb. 2013: Deutsche Bank will stop contributing to the Eurepo and Eonia Swap Indexes as of 18 February 2013

Update 04/6/2013 : in March others too-big-to-be-ruled banks (or thinking so) again defied the EC and Euribor-EBF, but in April the institutions reacted: the operators of the transactions have to be located in EU or EFTA, targeting international banks. 
  • Feb. 2013: LBBW will cease contributing to the Eurepo and USD Euribor on 22 February
  • Feb. 2013: JP Morgan will cease contributing to the Eurepo Index as of 1 March
  • March 2013: Credit Suisse will stop contributing to the Eurepo Index as of 8 March
  • March 2013: Svenska Handelsbanken will cease contributing to the Euribor-Eonia panel as of 20 March
  • March 2013: UBS will stop contributing to the Euribor-Eonia panel after 28 March

"Eonia is computed as a weighted average of all overnight unsecured lending transactions in the interbank market, undertaken in the European Union and European Free Trade Association  (EFTA) countries by the Panel Banks."
The EFTA countries list is: Liechtenstein, Iceland, Norway and Switzerland.

The Euribor reform will be implemented by mid-June 2013.


Update 05/14/2013 :
  • April 2013: Citibank ceased contributing to the Eonia Swap Index panel as for 16 April
  • May 2013: LandesBank Berlin ceased contributing to Euribor- Eonia and USD Euribor panels on 1 May

Update 05/29/2013 :
  • May 2013: Bank of Ireland will stop contributing to the Eurepo after 31 May
  • May 2013: LBBW will cease contributing to Euribor after 31 May
  • May 2013: Helaba will cease contributing to Euribor after 31 May

Update 06/02/2013 : Euribor and Eonia panels to be differentiated as of 1 June 2013; whatever banks may believe,  or the current practices in other part of the world, they simply cannot win their fight against public regulation in Europe.
"Euribor-EBF takes this opportunity to invite former panel banks to re-join either the Eonia or the Euribor panel of contributing banks. As publicly stated by Commissioner Barnier, the forthcoming European Commission’s proposal on benchmarks will indeed include the power to impose mandatory submissions on banks." 
Source: Euribor-EBF and ECB 

    Update 06/20/2013 :
    • June 2013: ING ceased contributing to the Eurepo after 7 June

    Update 07/06/2013 :
    • June 2013: Allied Irish Bank (AIB) ceased contributing to the Euribor, Eonia and Eurepo fixings after 28 June
    • June 2013: Norddeutsche Landesbank Girozentrale (NordLB) ceased contributing to Euribor and USD Euribor after 28 June

    Update 07/23/2013 :
    • July 2013: Credit Agricole ceased contributing to Eurepo as of 1 July 2013 
    • July 2013: HSBC France ceased contributing to the Eonia Swap Index after 12 July 
    • July 2013: Commerzbank ceased contributing to USD Euribor after 19 July 
    • July 2013: Natixis ceased contributing to the USD Euribor as of 5 July 
    • July 2013: Danske Bank ceased contributing to Eonia as of 15 July

    Update 08/23/2013 :
    • August 2013: BNP Paribas will cease to contribute to the Eurepo and Eonia Swap indexes as of 12 August

    Update 09/20/2013 :
    • Sept. 2013: Credit Agricole and Credit Suisse have ceased contributing to the Eonia Swap Index as of 18 September 2013
    09/18/2013: "Euribor-EBF welcomes the European Commission’s Proposal for a Regulation on indices used as benchmarks in financial instruments and financial contracts. The possibility for supervisors to impose mandatory contributions is a positive measure. Until it is in place, it will hopefully lead panel banks and authorities alike to take their responsibilities and ensure that Euribor is not discontinued."

    Update 10/07/2013 :
    • 10/1/2013 : publication and of the new Euribor Code of Conduct, immediately in vigor. The highest possible sanction in case of misconduct is a permanent exclusion from the Euribor panel. 

    Update 10/23/2013 :
    • Oct. 2013 : Erste Group ceased contributing to the Euribor and Eurepo indexes after 11 October 2013.

    Update 11/20/2013 :
    • Oct. 2013 : RBS will ceased contributing to the Eonia Swap Index after 31 October 2013.

    Update 12/15/2013 :
    • Nov. 2013 : KBC has ceased contributing to the Eurepo index as of 13 December 2013.

    Final update 01/7/2014 :
    • list of Euribor panel banks and rates since 2004, by month

    2013/01/04

    Rapport du Parlement européen sur le programme de la CIA de détention secrète et de torture

    La terreur qui frappe l’Amérique le 11 Septembre 2001 met les institutions des Etats démocratiques à rude épreuve. Le lendemain de l’attentat, les Etats-Unis déclarent ouverte « la guerre contre le terrorisme » et lancent une vaste traque planétaire et clandestine des présumés terroristes. Il s’agit du programme de « restitutions extraordinaires » élaboré par la CIA. Il est agréé par les Etats-membres de l’OTAN et mis en œuvre par leurs services spéciaux entre 2001 et 2006.

    Ses victimes - combien sont-elles ? - ont été kidnappées, torturées, enfermées ; leur intégrité et leur dignité ont été profanées de façon procédurale et systématique. Certaines croupissent toujours, sans espoir de procès, à Guantánamo. A ce jour aucun responsable politique, aucun agent des services d’Etat, aucun président d’entreprise sous-traitante, ni en Europe ni aux USA, n’a été tenu de s’expliquer et de rendre des comptes.

    Partout l’impunité fait loi. En Europe, les Etats ont eu à connaître de cette entreprise criminelle. Ils y ont participé, tacitement ou de façon active, certains jusqu’à autoriser plusieurs centaines de vols clandestins de la CIA dans leur espace aérien, d’autres jusqu’à tolérer sur leur territoire des sites de détention et de torture secrets.

    Onze ans plus tard, après de nombreux rapports, enquêtes, articles et témoignages confondants, les Etats n’ont toujours pas lâché prise : pas de reconnaissance des faits, pas d’excuses ni de réparations aux victimes, pas de responsabilités identifiées. Le rapport adopté le 11 septembre 2012, que j’ai eu la responsabilité de conduire pour le Parlement européen, met les Etats européens au pied du mur de la vérité. Il conforte et légitime les travaux des journalistes, des défenseurs des droits de l’Homme, des parlementaires, des juristes, des experts, des victimes, qui jour après jour, relèvent le défi de vérité.

    Non, le Parlement européen n’accepte pas qu’au nom des citoyens et de leur sécurité, les États développent des pratiques illégales clandestines, violatrices des droits de l’Homme et se dispensent de rendre des comptes. En 2007, mon prédécesseur, Claudio Fava, avait dû affronter les outrances assumées des atlantistes virulents, pour lesquels il n’y aura jamais de plus belle preuve de loyauté envers l’Amérique que le secret gardé sur l’exécution du programme de la CIA. Pendant les travaux de la commission d’enquête, ils avaient déployé tous leurs efforts pour saper la démarche d’enquête, discréditer les témoins auditionnés, protéger les secrets d’État et dénier le besoin de vérité.

    Mais à l’heure où les télégrammes diplomatiques ont pignon sur le net, où les archives des services secrets s’étalent dans les ruines des dictatures déchues, où les victimes des tortures passent du côté du pouvoir, les négationnistes sont moins diserts. Seuls désormais, les Etats tentent de protéger leurs secrets de polichinelle. Poussés à rendre des comptes, ils rechignent, tergiversent, mentent, feignent, retardent, camouflent. Ils se tiennent par la barbichette à qui parlera le dernier !

    Lors de l’audition organisée au Parlement européen en mars 2012, aucune autorité invitée n’est venue défendre son enquête, pas un procureur, pas un ministre, pas un parlementaire. La conjuration nationaliste est-elle trop forte ? Les pressions américaines trop convaincantes ? « L’Etat profond » trop puissant ? L’enquête trop peu crédible ? L’Europe ne doit pas abandonner les Etats à leurs démons. La clause européenne de solidarité et de confiance mutuelle doit être activée, elle est le levier qui peut forcer le couvercle de la vérité.

    L’Europe serait la première victime du déni. Sa promesse de dignité et de démocratie anéantie, elle perdrait toute autorité ! Le lendemain de l’adoption du rapport, le 12 septembre 2012, répondant à la presse, le Président le la République de Roumanie dit : « La Roumanie suivra les recommandations du Parlement européen ». Une onde d’espoir parcourt la planète des « épris de justice ». La vérité viendra.

    Ce texte empreint d'une profonde volonté de renforcer le contrôle démocratique est la préface de la député européenne Hélène Flautre, publiée le 6 décembre 2012, à son livre en libre diffusion :  « Le programme secret de la CIA et le Parlement Européen :  Histoire d'un forfait, histoire d'un sursaut ».
    Je ne saurais trop vous conseiller de télécharger le rapport officiel annexé à ce livre enquête d’Hélène Flautre et de Bertrand Verfaillie ou le visionner avec d'autres vidéos sur le site d’EELV au parlement européen.
    Il s'agit d'une remarquable et si précieuse mise en application d'une parole de Arendt: « Le courage est la première de toutes les vertus politiques ». C'est aussi l'aune à laquelle on mesure la capacité d'un peuple à maîtriser son devenir. Ce rapport est un acte qui grandit tous les Européens, grâce aux vertus des « obstinés de la vérité » et de la transparence.


    2012/12/22

    Les réseaux Euro-BRICS comme réponse à la crise scientifique

     Le Laboratoire Européen d'Anticipation Politique (LEAP) vient de publier la synthèse du troisième séminaire Euro-BRICS, organisé en partenariat avec l'Université MGIMO de Moscou (site en russeMGIMO UniversityInternational programs), ainsi que les recommendations à destination des décideurs politiques notamment du G20. Ce séminaire a réuni des intervenants de plusieurs pays de la zone euro (France, Allemagne, Belgique, Portugal, Pays-Bas) ainsi que de Russie, Chine, Brésil, Inde, Afrique du Sud. Voici le contenu du document en français et celui en anglais

    Concrétisation de la vision élaborée par le LEAP et Franck Biancheri sur la construction dès à présent du monde de demain qui ne doit pas se réaliser sans les citoyens, ces séminaires sont un moment privilégié pour la société civile, au delà de l'établissement des réseaux et des programmes communs, de réunir les éléments permettant une anticipation politique représentative de notre monde multipolaire, lequel se renforce au quotidien. Si le moyen est une collaboration ouverte pour comprendre les facettes culturelles et tendances de fond qui façonnent actuellement le monde de demain, l'enjeu est aussi de proposer des outils et des clés de décision pour les représentants politiques, et pour les citoyens. C'est donc aussi un effort de vigilance concerté, aussi bien pour les uns que pour les autres. C'est nourrir la réflexion commune, contribuer à construire ensemble la route, car les seules choses écrites à l'avance ce sont celles dans lesquelles nous ne impliquons pas.

    J'ai eu l'opportunité de présenter à cette occasion une intervention lors du thème "Vers le développement de réseaux thématiques Euro-BRICS, dans le domaine scientifique et technologique", dont voici ci-dessous le texte intégral. Elle se situe dans le prolongement de ce que j'ai déjà publié au sujet de la crise scientifique : Une théorie et un homme en crise; et La démocratie scientifique comme réponse à la crise scientifique


    Les réseaux Euro-BRICS comme réponse à la crise scientifique.

    Madame la Présidente, Monsieur l’Ambassadeur, Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

    Je souhaite cibler mon intervention en argumentant pourquoi la création ou le renforcement de réseaux  Euro-BRICS est un élément crucial pour sortir dans un élan commun de la crise, prise ici dans toutes ses dimensions.
    L’effet accélérateur de cette crise met en évidence la conjonction avec une profonde crise scientifique. J’ai ainsi souhaité m’appuyer sur un rapide constat effectué dans trois disciplines scientifiques, choisies parmi les plus porteuses pour notre avenir : la cosmologie;  l’économie ; et enfin le développement de nouvelles sources d’énergie.

    I/ Concernant la cosmologie

    Il faut tout d’abord bien comprendre l’intérêt majeur de cette discipline pour l’humanité. Pour ne prendre que la civilisation européenne, depuis Ptolémée, Galilée, puis Newton, Einstein, les révolutions dans le domaine de la cosmologie ont énormément d'influence culturelle sur tous les peuples. En particulier, c'est parce que ces révolutions vont de pair avec une refonte de la physique fondamentale, et en résumé de la conception géométrique de l’univers. Par ce biais, la compréhension de l'infiniment grand et lointain nous éclaire en retour sur l'infiniment petit et proche. De manière simplifiée, cette révolution se propage ainsi de la physique la plus mathématique à la cosmologie, à la physique des particules puis à la maîtrise conceptuelle des interactions présentes à ces échelles, c’est à dire les sciences expérimentales; puis à la technologie qui vient outiller ces manipulations conceptuellement maîtrisées.

    En 1997, l’astrophysicien Jean-Pierre Petit publiait « On a perdu la moitié de l’univers »  dans lequel il détaillait les limites, impasses et contradictions extraordinairement profondes du modèle cosmologique dit « standard », associé à la théorie dite des cordes.

    En 2006 Lee Smolin a publié « Rien ne va plus en physique ! » [2].
    Ce livre retrace trois décennies de ce qu'on pourrait qualifier de recherche forcenée menée par des milliers de chercheurs pour tenter de donner un nouveau souffle à la physique théorique. Il existait à ce jour plus de 100 000 publications dans le domaine de la théorie des cordes !
    Smolin met en évidence :
    • d’une part que cette théorie n’a encore jamais apporté le moindre résultat ou prédiction concrète ; mais aussi que cette théorie n’est pas scientifiquement réfutable. Il n’existe pas d’expérience accessible qui puisse prouver ses prédictions (ou bien en utilisant 1 million de milliard de fois l’énergie du LHC, dont les équipes au CERN ont découvert récemment le boson de Higgs).
    Pour Smolin en particulier cette démarche de réfutabilité est incontournable. Pour les partisans de la théorie des cordes, elle est simplement dépassée. Ils proclament par exemple comme justification "si ça n'est pas vrai, au moins c'est beau". Avec ces gens la science s’est perdue dans la simple esthétique.
    • D’autre part qu’un résultat fondamental publié en 1992 [3], et base de presque tous les travaux postérieurs dans cette discipline, n’était pas utilisé de manière mathématiquement correcte, et remet en cause l’intérêt de la quasi-totalité des travaux effectués depuis lors.

    Alain Connes, médaille Fields, a ainsi écrit dans la préface : 
    « Il y a là un réel problème, car la science n'avance pas sans confrontation avec la réalité. Il est parfaitement normal de laisser du temps à une théorie en gestation pour se développer sans pression extérieure. Il n'est pas contre pas normal qu'une théorie ait acquis le monopole de la physique théorique sans jamais la moindre confrontation avec la nature et les résultats expérimentaux (...). Il n'est pas sain que ce monopole prive des jeunes chercheurs de la possibilité de choisir d'autres voies, et que certains leaders de la théorie des cordes soient à ce point assurés de la domination sociologique, qu'ils puissent dire : ‘si une autre théorie réussit là où nous avons échoué, nous l'appellerons théorie des cordes’. »
    Jean-Pierre Petit, initiateur d’une cosmologie alternative et féconde [1], a souligné peu après : 
    « Même pour quelqu'un comme Woit  [4], une idée nouvelle ne pourrait émerger que "du sérail", de l'université de Columbia, ou de Princeton. Comment pourrais-je, moi, Français, retenir une seule seconde l'attention de ces gens ? »
    Philip Anderson, prix Nobel de physique, a lui écrit à propos de la théorie des cordes : 
    « Ce que je pense c'est que c'est la première fois depuis des siècles qu'une qu'on se trouve en science face à une démarche pré-Baconienne, qui n'est pas guidée par l'expérimentation. On propose un modèle de la Nature en souhaitant qu'elle s'y conforme et non en cherchant à s'approcher plus près du réel. Il est peu probable que la Nature se conforme à ce qui n'est autre qu'un souhait de notre part.

        Ce qui est triste, comme certains jeunes théoriciens me l'ont expliqué, c'est que ce secteur est si développé que c'est devenu une activité à plein temps, auto-suffisante. Ceci signifie de d'autres directions ne seront pas explorées par de jeunes chercheurs imaginatifs et que toute carrière tentant de se situer en dehors de ce domaine sera bloquée. »
    On constate combien le parallèle avec les dogmes de l’économie néolibérale est frappant.

    II / le débat en Économie

    Le professeur Jacques Généreux a dénoncé en 2001 dans les Vraies Lois de l’Économie [5] la dérive scientiste du courant néolibéral, dominant en économie [6]. Il montre surtout par une simple étude bibliographique combien tous les éléments les plus fondamentaux de la théorie néolibérale (équilibre général des marchés initié par Walras) sont contraires à la réalité (homogénéité des produits, rendements factoriels constants, concurrence pure et parfaite, absence de cout fixe de production, équivalence de tous les acteurs, mobilité instantanée des personnes, absence de prise en compte du temps, et aussi atteinte de l’équilibre entre offre et demande par tâtonnement du marché…). Ces résultats ont été publiés depuis la fin des années 70 pour la plupart. Pourtant, combien d’économistes et de décideurs travaillent encore en utilisant ces conceptions dépassées ?

    La discipline de l’économie doit rendre au final un seul service : celui de l’aide à la décision, en proposant des outils conceptuels performants pour anticiper les situations à venir. Généreux, et Granger avant lui, ont argumenté qu’il n’existe pas de lois en économie au même sens que les lois en physique. En économie, les seules lois valables sont les lois décidées par les hommes. D’où la nécessité de développer l’économie politique. Les lois du marché ne sont en réalité que des croyances.

    Nous pouvons reprendre le discours qu'a récemment écrit le professeur Jean Gadrey à propos de la crise faisant rage dans la discipline de l'économie [7] pour l’étendre au domaine scientifique (au moins dans les disciplines mentionnées ici), ce qui donne :

    « Le débat, de nature collective, devrait se dérouler d’une part au sein des associations de scientifiques, d’autre part dans tous les lieux, services publics, médias et associations où la démocratie scientifique et l’information scientifique sont considérées comme des biens communs à défendre.
    Je crois en effet que les principales questions s’expriment moins en termes de conflits d’intérêts (bien que cette question reste à débattre) qu’en termes de PLURALISME, DE CONNIVENCE et de FORMATION DES CROYANCES SCIENTIFIQUES. Elles relèvent de la sociologie, des sciences politiques, de la philosophie morale et politique, de l’éthique professionnelle, plus que du droit et de la science.»

    Un premier pas vers l’établissement de nouveaux lieux de discussions en économie est réalisé depuis mai 2011 avec la World Economics Association. [8] Signe d'une transparence accrue, il annonce à mes yeux une nécessaire et attendue démocratisation de la science.

    III / Le développement des nouvelles sources d’énergie

    Pour terminer, dans le domaine des nouvelles énergies, qui est sans doute le plus directement à même de modifier rapidement notre conception de l’avenir de l’humanité, les nouvelles idées porteuses peinent aussi énormément à émerger, victimes de groupes d’intérêts puissants. Je citerai par exemple :
    • les centrales utilisant la concentration solaire et des sels fondus caloporteurs, bien plus efficaces et écologiques que les panneaux solaires qui fleurissent, ou les centrales nucléaires ;[9]
    • la maîtrise de la magnétohydrodynamique (MHD) pour tout type de transport à vitesse hypersonique avec les technologies d’aujourd’hui; ce domaine a disparu des universités, capté pendant 30 ans par des recherches exclusivement militaires et secrètes, et commence à peine à revenir dans le domaine civil.
    • la maîtrise de la fusion par champs pulsés à haute fréquence (technologie des « Z-pinches »[10]), découverte en 2006, peut permettre une nouvelle révolution énergétique. Ce domaine de recherche est lui aussi en train de passer complètement sous le contrôle militaire mais des colloques scientifiques internationaux ont encore lieu tous les deux ans ; hélas l’Europe y est très peu représentée. Cette filière représente une alternative à ITER tout à fait intéressante, sachant que les faiblesses de conception font de ce dernier un projet sans issue (notamment à cause du phénomène des disruptions) en termes de coûts, de délai et surtout de fiabilité.[11] 
    Ici en particulier, on assiste à la captation des budgets de recherche colossaux (15 milliards d’€) qui assèche les autres disciplines. Il faut défendre la voix d’idées alternatives tout à fait crédibles, dont le développement ne requiert qu'une faible fraction du budget d’ITER.

    La démocratie scientifique comme réponse à la crise scientifique

    Mon propos est bien de mettre en rapport la crise scientifique avec son groupe social actuellement dominant : la communauté scientifique, et de constater ses faiblesses. Les problèmes les plus aigus de cette communauté scientifique sont en résumé:
    • 1- absence de vraie confrontation ouverte des idées entre les chapelles ; au mieux chacune s'ignore et verse dans le copinage, au pire (quand une de ces chapelles devient socialement dominante) on organise honteusement la calomnie, le discrédit gratuit, la censure, l’étouffement, et l’éviction. De nombreux cas sont bien connus en France, le dernier ayant conduit cette année la justice à condamner un astrophysicien spécialiste de la théorie des cordes.[12]
    • 2- absence de vrai dialogue entre le reste de la société et les scientifiques ;
    • 3- absence de contrôle démocratique des stratégies de recherche, régulièrement aux mains de technocrates ou de décideurs à la vision très étroite. La science est un bien commun et un instrument au service des citoyens, dans les nombreux défis de l’humanité qui s’accumulent.

    Au-delà de la perte profonde d'éthique scientifique d’une partie des acteurs en position dominante, c’est bien un signe que cette communauté n’est plus en état de gérer efficacement en son sein l’émergence de nouvelles idées scientifiques, de nouvelles conceptions, de nouveaux paradigmes. 
    L’organisation actuelle de ce corps social est un frein à l'émergence de nouveaux modèles féconds, hélas au moment où l'humanité en a le plus besoin. Pour dénouer cette situation, un essor des réseaux scientifiques Euro-BRICS, dégagée de l’influence monopolaire anglo-saxonne et des acteurs actuels en pouvoir de blocage, est nécessaire. Il ne s’agit pas de construire de nouvelles institutions de recherche, mais bien en priorité d’offrir des nouveaux lieux d’expression, d’échanges, de traduction et de diffusion, et des nouveaux réseaux pour faire émerger des idées nouvelles sereinement débattues.

    Dr. Bruno Paul, 27/09/2012


    Références :

    [1] a) Disponible sur Amazon en français. For english readers, most of this content is available in The Dark Side of the Universe and The twin universes. For reading this content in many others languages, please browse http://www.savoir-sans-frontieres.com ;
    b) International Conference on Astrophysics and Cosmology « Where is the matter ? », Marseille, 06/2001; see also others previous related scientific publications and the 12/2007 publication about Bigravity as an interpretation of the cosmic acceleration.
    [2] Livre en français ; book in english.
    [3] La finitude mathématique de la théorie des cordes.
    [4] Qui a pourtant lui aussi publié en 2006 un livre très critique sur la théorie des cordes.
    [5] Les vraies lois de l’Économie, J. Généreux, 2001; also available in português (tome 1, tome 2).
    [6] See also « Dismal science faces dismal future », ABC News, 11/2012.
    [7] « Liaisons dangereuses, c’est le printemps ! », Alternatives Économiques, 03/2012.
    [8] On lira en particulier l’article fondateur de la WEA : How to bring economics into the 3rd millennium by 2020”, real-world economics review, issue no. 54, 27 September 2010, pp. 89-102.
    [9] a) Des générateurs de vapeur solaire sont déjà commercialisés par AREVA ;
    e) Concentrated solar power, Wikipedia.org
    [10] Controled fusion using Z-machine : first scientific papers in english.
    [11] « ITER, Chronique d'une faillite annoncée », JP Petit, 10/2011 ; also available in english, espanol, italiano, russe.
    [12] « Bogdanoff et parquet versus Riazuelo: le jugement », Science21/Courrier International, 04/2012


    2012/11/20

    Audit the Fed: où en est-on ?

    Avec le démarrage de la nouvelle session du Congrès américain (lame duck session) le 13 novembre, la question du règlement politique du mur fiscal (fiscal cliff) est sur toutes les lèvres. Il est assuré qu'un accord sera trouvé, mais il le sera à la dernière minute, voire même le lendemain, pour la plus grande joie des télévisions qui se relaieront pour essayer de nous tenir en haleine pour ce réveillon. 

    Peine perdue, il n'y a pas de vrai suspense: avec les mêmes joueurs en piste ce sera encore un accord négocié "à la Obama", c'est à dire perdant pour les Démocrates, et surtout perdant pour le peuple américain et son avenir. Dans tous les cas de figures, le budget militaire américain ne sera que vaguement écorné, qui dans le scénario extrême restera à son niveau de 2008, c'est à dire un budget qui reflète encore un gouvernement en état de guerre permanent depuis la guerre de Corée. (Pour plus de détails voir au bas de cette page, section "United States Defense Spending history"). Cette messe est déjà dite, contrairement à ce que l'agitation médiatique voudrait que nous pensions.

    Dépenses militaires des U.S. (% PNB), 
    en dollars constant de 2003 (source: wikimedia.org)

    C'est pourquoi je pense plus intéressant de s'attarder sur le projet de loi "Audit the Fed" et sur son développement. Ce projet est une initiative du Représentant Ron Paul (Républicain), qu'il a lancé voici déjà 10 ans alors qu'il était président du Parti Libertarien. Il a su patiemment rallier d'autres Représentants à cette cause, faire fi d'autres projets de lois, audits ou déclarations partiels, et à pu entamer un processus de débat officiel à la Chambre des Représentants. La proposition a été officiellement enregistrée en janvier 2011 (Federal Reserve Transparency Act of 2012 - HR 459), et à été votée par la Chambre le 25 Juillet 2012 avec une majorité plus large que les 2/3 des voix qui étaient nécessaires.
    On pourrait imaginer que cette victoire est un beau cadeau de départ à la retraite de Ron Paul (77 ans) qui quitte son poste fin décembre, et que la Fed va ouvrir demain aux auditeurs du Congrès tous ses livres de compte, ce qu'elle avait très partiellement commencé à faire, et qui a déjà révélé officiellement des malversations de plusieurs trillions (!) de dollar, à ce jour encore impunies.

    Mais le processus législatif pour cette proposition de loi est loin d'être terminé puisque le Sénat doit maintenant le reprendre au début ! Avec l'actuelle majorité Démocrate au Sénat, son Leader qui a déclaré qu'il n'était pas pressé de mettre cette discussion à l'ordre du jour, et un Président Démocrate qui peut mettre son véto ensuite, cette proposition ne sera pas une loi en vigueur de sitôt. On observe pourtant que la proposition au Sénat (S 202), dirigée par le fils de Ron Paul, gagne petit à petit des sénateurs co-sponsors officiels: désormais 37 sur les 100 sénateurs qui siègent, les 3 derniers enregistrés le 13 novembre. C'est déjà considérable, bien que n'atteignant pas encore le ratio observé à la Chambre des Représentants: 274 co-sponsors officiels sur les 435 qui siègent, avant le début du vote. Cette pression croissante obtenue en grande partie par les citoyens qui militent auprès de leur Sénateur, devrait contraindre le Sénat à débattre la proposition avant la fin 2013.

    Outre une volonté de transparence des actions de la Fed qui serait gravée dans la loi, son approbation serait une victoire politique très significative d'un mouvement démocratique qui réunit des citoyens américains de tous partis, fédératrice, et sans commune mesure avec l'élection d'Obama ou d'un quelconque Président.

    2012/10/31

    Courage et Honneur


     Le 30 Octobre 2012, Franck Biancheri est décédé. Son oeuvre est plus que jamais vivante.

    Vous ne pouvez comprendre l'Europe d'aujourd'hui et le monde de demain si vous ignorez ce qu'il a apporté.
    Nous tous lui devons beaucoup.
    Plus que sa mémoire et sa lucidité, cet homme politique d'action et de courage, pétri de démocratie, nous a légué des idées et concepts qui ont marqué et marqueront notre Histoire. Il est un repère de notre conscience sociale.

    2012/10/02

    La minute nécessaire

      vient de publier un article à propos de la volonté affirmée des pays de la zone euro, qui est un modèle d'amalgames et de comparaisons approximatives. 

    Pour présenter sa construction rhétorique, j'ai choisi de reprendre son texte en remplaçant les termes "l'euro / L'Europe" par "la politique sécuritaire / les Etats-Unis". Voyons ce que ca donne :

    "Présenter la politique sécuritaire des Etats-Unis comme un choix irréversible permet de maintenir une pression plus forte sur les pays « sous protection » et leurs populations.  
    Depuis la fin des années 1970, la théorie des jeux s’est répandue dans les milieux universitaires, ce qui a conduit les « macroéconomistes » à insister sur la  notion d’engagement  – une stratégie qui  limite le degré de liberté des décideurs politiques.  
    Même si elle n’est pas historiquement exacte, la légende de Hernan Cortés est l’un des meilleurs exemples d’engagement stratégique. Voulant conquérir le Mexique, il décida de brûler les navires sur lesquels il était venu d’Espagne avec son armée. A première vue cet acte parait insensé : pourquoi détruire volontairement le seul moyen de se sauver en cas de défaite ? Cortés aurait expliqué qu’il a fait cela pour motiver ses troupes. Sans fuite possible, les soldats étaient encore plus motivés pour l’emporter. Alexandre le Grand aurait fait quelque chose d’analogue lors de la conquête de la Perse.  
    Pour être efficace, un engagement stratégique doit être crédible – autrement dit, il doit avoir un caractère irréversible. En ce sens, la stratégie de Cortés était parfaite: en cas de défaite, les Espagnols ne pouvaient reconstruire les navires brulés. Mais un engagement stratégique doit aussi être coûteux en cas d’échec: si Cortés avait perdu, aucun soldat espagnol n’en serait sorti vivant. C’est ce qui a contribué à motiver ses troupes. S’il avait échoué, il aurait sombré dans l’oubli ou aurait laissé l’image d’un illuminé et arrogant, se croyant capable de battre tout un empire.  
    La création des banques centrales a été l’une des premières applications de cette stratégie à la politique économique. On dit que les responsables monétaires doivent être indépendants du système politique, parce qu’à l’approche d’élections, les dirigeants élus risquent de faire pression sur eux pour faire baisser provisoirement le chômage, même si cela entraîne une inflation permanente. Pour éviter cette situation, les États doivent isoler les responsables des banques centrales des interférences politiques.  
    Beaucoup de « macroéconomistes » attribuent la baisse continue de l’inflation depuis le début des années 1980 à cette stratégie appliquée un peu partout. Encouragés par leur succès, les dirigeants politiques ont commencé à l’utiliser dans d’autres domaines. Ainsi ils ont «vendu» la libéralisation financière à l’opinion publique comme un engagement en faveur d’une politique favorable aux marchés. Si un gouvernement ne s’y conformait pas, la fuite des capitaux le mettrait à genoux.
    Les emprunts colossaux réalisés par les États auprès de l’étranger, des caisses d’émission monétaire ou même d’unions monétaires relèvent de la même stratégie.  La création d’une politique sécuritaire mondiale n’est rien d’autre qu’une forme extrême d’engagement : les Etats-Unis ont essayé de lier leur sort à la discipline d’achats des bons du Trésor US par les autres pays.

    Le recours de plus en plus fréquent à cette stratégie pose la question de la démocratie. Cortés n’a pas fait de sondage avant de brûler ses navires. La stratégie d’engagement stimule la motivation, mais elle est risquée.  
    Heureusement, aujourd’hui ce sont des gouvernements élus démocratiquement qui prennent ces décisions censées traduire la volonté du peuple. Mais étant donné leur nature, ces décisions méritent un examen tout particulier, car elles sont par essence irréversibles.  Liant les mains des gouvernements à venir, elles sont équivalentes à des amendements constitutionnels . De ce fait leur adoption devrait être soumise à un processus d’approbation spécifique.
    Cette question est cruciale quand l’engagement présente des avantages plus attirants à court terme que celui de brûler les navires. Ainsi, quand le gouvernement US commence à emprunter à l’étranger pour financer en priorité sa politique sécuritaire, ou choisit d’entrer dans une guerre au nom de la démocratie, la sécurité des citoyens parait mieux garantie. Ce type d’avantage immédiat est bien plus visible que le coût potentiel de l’engagement dans le futur. Avec cette stratégie, un gouvernement machiavélique peut pousser un électorat réticent à accepter une politique contraire à sa volonté.
    C’est là que réside le problème. Pour les pétro monarchies, le Japon et UK, mais en premier lieu pour les élus US, accepter la politique sécuritaire a été – explicitement ou pas – un moyen de contraindre leur population à accepter un certain degré de perte de liberté qu’elle n’aurait pas adoptée d’elle-même. S’agissait-il d’une décision démocratique ou de la manipulation de la population par une élite «éclairée»?
    Je crains que cette dernière hypothèse ne soit la bonne, ce qui pourrait expliquer le ressentiment qui monte contre les Etats-Unis. Et pour couronner le tout, certains dirigeants US n’assument pas leurs décisions passées. Ils ne veulent pas admettre que ce sont eux ou leurs prédécesseurs qui ont brûlé les navires. Ils rejettent la responsabilité sur le terrorisme. Aussi, la politique sécuritaire des Etats-Unis, au lieu de favoriser sa cohésion sociale, divise encore davantage."

    Etonnant, non ? 

    2012/07/11

    Les barbares financiers


    Les financiers aiment se représenter en classe sociale très supérieure, une jet set bien au dessus des autres mortels. On leur invente des termes qui les isolent socialement, pour mieux les démarquer : on les appelle les working rich.

    Pourtant les autres gens leur trouvaient bien des défauts, et notamment sur leur déficience morale. Des comparaisons cliniques avec les profils de psychopathes patentés ont déjà été dressées, sans compter que certains économistes comme Roubini commencent à évoquer la nécessité d'en lyncher un.

    En plein scandale du Libor, connu des spécialistes depuis au moins 10 ans et qui ne sort qu'aujourd'hui aux yeux du grand public (donc encore un signe que la crise est un dévoilement, une chute du monde d'avant), voici publiée une nouvelle approche de ces déviants sociaux, qui présente l'intérêt d'être statistique et par auto-évaluation des concernés. On apprend ainsi que :
    • 24% des dirigeants de Wall Street et de la Bourse de Londres estiment que des conduites malhonnêtes ou illégales sont nécessaires pour réussir dans le monde de la finance (22% aux US, 25% au UK),
    • 16 % d'entre eux ont admis qu'ils n'hésiteraient pas à commettre un délit boursier, tel que le délit d'initié s'ils pouvaient s'en tirer sans poursuites,
    • 39 % des cadres interrogés estiment que leurs concurrents ont déjà pratiqué des activités illégales ou malhonnêtes (40% aux US, 36% au UK),
    • 30 % d'entre eux affirment que leurs salaires ou leurs bonus les poussent à enfreindre le code de déontologie (28% aux US, 32% au UK), et 23% affirment que d'autres pressions s'exercent pour qu'ils le fassent (19% aux US, 26% au UK),
    • 41% des interrogés seulement affirment qu'il est tout à fait certain que leur staff n'a pas eu besoin d'employer des pratiques non éthiques ou illégales pour gagner (43% aux US, 39% au UK),
    • Seulement 55% des interrogés affirment qu'ils ne commetraient pas d'activités illégales ou non-éthiques pour gagner 10 millions de $, 
    • 30% seulement des interrogés estiment que la repression des crimes financiers par la SEC/SFO est efficace (26% aux US, 34% au UK),
    • 14% des interrogés affirment qu'ils subiraient des répercussions négatives de la part de leur employeur si ils dénonçaient formellement un cas de violation de la loi ou de l'éthique; seulement 35% estiment certain que leur employeur ne le ferait pas.
    Il ne s'agit pas de s'effaroucher devant ces chiffres, mais bien de comprendre que cette industrie est tellement gangrénée par les déficiences morales qu'il est impossible qu'elle reprenne d'elle même le droit chemin et abandonne ses mauvaises pratiques. Toute transformation sociale efficace dans ce groupe ne pourra venir que d'une pression accrue de l'extérieur, qui passe tout d'abord par un remplacement complet et rapide de tous les cercles dirigeants, dans tout cet écosystème. Inutile de dire que nous en sommes encore très loin. La conclusion sur laquelle nous devons donc nous appuyer pour anticiper les évènements à venir c'est que ces pratiques vont perdurer et encore davantage se renforcer, car elles s'apparentent à de la prédation nuisible. A la différence d'un parasite, un nuisible ne s'arrête jamais de lui même de dévorer. Il est insatiable.  Mais il n'est fort que parce que son hôte le laisse faire. Le système social évolue donc par à-coup brusques, et non pas par régulation continue et progressive. 
    Au delà d'actions individuelles sporadiques, la première étape sociale à surveiller est la montée en puissance de la notion de crime financier dans le droit, et des retorsions effectivement entreprises. La deuxième étape est l'appui sur ce droit pour établir des barrières géographiques sur les flux financiers (ce qui est techniquement très aisé à réaliser), et sur l'éjection de certaines entreprises au delà de ces frontières, par décret. Socialement, le banissement est une solution bien plus efficace que le lynchage. Une forme plus temporaire est l'ostracisme, qui est lui aussi un mécanisme d'auto-défense populaire, un vote de défiance politique.

    Sources de l'étude
    Tricher est nécessaire selon 24 % des cadres de Wall Street et de la City, Le Monde, 07/2012

    2012/05/25

    La démocratie scientifique comme réponse à la crise scientifique

     Pour faire suite au débat engagé avec Anonyme à propos de mon précédent article sur la crise scientifique en cosmologie, je voudrais étendre au domaine scientifique ce qu'a récemment écrit le professeur Jean Gadrey à propos d'une crise similaire faisant rage dans la discipline de l'économie
    Le débat, de nature collective, devrait selon moi se dérouler d’une part au sein des associations de scientifiques, d’autre part dans tous les lieux, services publics, médias et associations où la démocratie scientifique et l’information scientifique sont considérées comme des biens communs à défendre.
    Je crois pour ma part que les principales questions s’expriment moins en termes de conflits d’intérêts (bien que cette question reste à débattre) qu’en termes de PLURALISME, DE CONNIVENCE ET DE FORMATION DES CROYANCES SCIENTIFIQUES. Elles relèvent de la sociologie, des sciences politiques, de la philosophie morale et politique, de l’éthique professionnelle, plus que du droit et de la science.

    Voilà éclairci le fondement de ma démarche, que l'on retrouve également poussée par la fondation Sciences Citoyennes.

    Ajout le 11/06/2013:
    Automne 2011.
    "Conclusion: Science as politics
    Beyond the specificity of the institution studied, the EHESS, we find here some scientific processes characterized by a kind of generality. We can see that local paradigmatic change is a violent social process that breaks down the traditional reciprocity of social exchange. Asymmetric relations and exclusion are at the heart of these dynamics, and it is more about transforming existing legitimacies than settling scientific disputes. The more radical the change is, the more likely new entrants will have to build their legitimacy through some kind of detour at the borderlines of other fields in order to transform value into different forms that could make sense in other fields and, in return, support their strategy within their own field. Possession of international capital is not the least advantageous building block for the construction of robust scientific strategies.
    The study also documents the fact that scientific life in general and, moreover, paradigmatic change are not only a question of truth, of evidences, and of proofs but also of politics. Evaluating, influencing, building coalitions, voting, and selecting are regular practices both within disciplines and in wider interdisciplinary arenas when articles are submitted, grants are distributed (Lamont, 2009), positions are opened (Musselin, 2005), and candidates are selected. The importance of votes or of quasi-votes enables us to view science as politics. But this brand of politics is special, as we find no left-wing axis and no natural median voter. "