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2013/10/17

La force motrice irrésistible des BRICS pour construire le monde d'après

 Depuis fin juin et le début de la fable d'un soit-disant amoindrissement de la politique QE par la FED, à laquelle n'ont cru que ceux qui voulaient bien y croire et pas ceux comme nous qui ont gardé une analyse critique indépendante, les commentateurs plus déboussolés que jamais se sont essayés au 'BRICS bashing'. Comme toujours pour ces derniers, il vaut mieux être payé pour avoir tort tous ensemble que raison tout seul. A cette faillite du courage, ce manque de devoir et ce naufrage de la lucidité, nous avons toujours rétorqué non pas par un simple 'mieux vaut être seul que mal accompagné', mais par des analyses qui n'ont pas (elles) que l'apparence de la rationalité et par des propositions politiques innovantes.

Au sujet des BRICS et de leur dynamique irrésistible, le Professeur Toloraya a récemment publié un article très éclairant : "Russia hopes BRICS can create a polycentric world", que j'ai traduit pour l'initiative Euro-BRICS du Laboratoire Européen d'Anticipation Politique. Voici un court passage de "La Russie espère que les BRICS puissent créer un monde multipolaire":
"Voir uniquement les BRICS comme un groupement économique sous-estime non seulement les options que ce partenariat international a à sa disposition, mais aussi le rôle potentiel qu’il aura dans la politique globale du futur."
On peut également trouver éclairant cet extrait de nos indicateurs clés sur la crise systémique globale :

(graphique actuellement généré par la Federal Reserve suite à leur migration technique défectueuse de mars 2014)
Evolution du pourcentage du PNB annuel par rapport au PNB mondial pour les US, l'Eurozone, le Japon, et l'ensemble des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud)

Et la semaine dernière Alexandre Kateb publiait dans Le Monde: "Pourquoi les pays émergents resteront au centre de la croissance mondiale". Le vent tourne dans les rédactions des journaux 'mainstream'.

Nous le répétons, il est grand temps pour la zone Euro de mettre en place une stratégie cohérente de partenariat avec les BRICS, plutôt qu'en rester à la multiplication des relations bilatérales. Les résultats et l'impact en seraient démultipliés. Si ce n'est pas une absence de vision, c'est alors le signe d'une absence de volonté propre qui nuit aux aspirations des peuples européens, et qui met en évidence le déficit démocratique de la construction européenne actuelle. La voie la plus porteuse d'avenir, c'est la stratégie Euro-BRICS.

[ Kateb est l'auteur de l'essai paru en mai 2011 "Les nouvelles puissances mondiales. Pourquoi les BRIC changent le monde". Il peut se lire dans le prolongement du livre de Franck Biancheri "Crise mondiale : en route pour le monde d'après" publié en octobre 2010.]

2013/04/16

La chute du mur de Cuba

 Franck Biancheri aimait à rappeler que l'effondrement géopolitique du bloc du Pacte de Varsovie et de l'URSS en 1991 s'était traduit par trois principaux signes avant-coureurs, très visibles : 

  • affaiblissement géostratégique (bourbier de l'Afghanistan)
  • affaiblissement de la capacité économique et de production industrielle (quasi stagnation du PIB), accompagné par une part toujours croissante du complexe militaro-industriel dans le PIB et le budget
  • affaiblissement diplomatique (chute du mur de Berlin)
Le parallèle avec la situation actuelle du bloc constitué par les pays arrimés au consensus de Washington a déjà été proposé :
  • affaiblissement géostratégique des US (bourbier de l'Afghanistan, retrait d'Iraq)
  • affaiblissement de la capacité de production industrielle des US (cf graphiques), part croissante de la Défense dans le budget, multiples crises depuis 2007
Et pour le mur de Berlin, le parallèle ne pourrait-il pas être fait avec l'embargo que les USA imposent sur Cuba ? Diplomatiquement et stratégiquement, si Berlin Ouest était l'avant-poste de l'Occident au cœur de la sphère d’influence de l'URSS, Cuba peut être vu comme l'avant poste des BRICS au cœur de la sphère d’influence des US.

En tout cas, cette politique de restriction de liberté de circulation des populations (davantage que celle des marchandises), est une oppression caractéristique du monde d'avant la crise. Elle subit dernièrement des assauts diplomatiques répétés, ainsi qu'une pression citoyenne très forte : 57 % des républicains, 74 % des démocrates et 60 % des indépendants sont en faveur de son abolition. Il faudra bien que ce mur aussi cède tôt ou tard pour que cela cesse. C'est un indicateur de rupture auquel nous devons porter attention.

2012/02/27

The Artist aux Oscars : Quand le peuple Américain aphone nous crie au secours

 Ces victoires historiques aux Oscars pour un film étranger (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure musique, meilleurs costumes) peuvent être interprétées de plusieurs manières :

Tout d’abord par la reconnaissance d’un travail artistique d’une grande qualité, pour chaque lauréat mais aussi pour l’ensemble de l’équipe (formidable Bérénice Bejo). La mise en abyme du film qui parle de films qui ne parlent pas, d’un acteur du cinéma muet qui s’isole dans son mutisme, du cauchemar d’un monde sonore où il serait le seul privé de voix, le choix à faire entre le monde du bruit et celui des grimaces, tout cela vous l’aviez remarqué.

Certaines personnes peuvent ensuite présenter ces Oscars comme étant le signe d’une suzeraineté affirmée de la culture Américaine sur le cinéma français, avec un film où le nombre de français est réduit au strict minimum, tourné à Hollywood, et qui ne parle que de l’Amérique blanche triomphante des années 20 pour pouvoir mieux ignorer de récompenser plus généreusement l’introspection nécessaire sur leur propre histoire récente avec « La Couleur des Sentiments ». Nous ne sommes pas de ceux-là.

Pour notre part, nous avons voulu voir le succès outre-Atlantique de The Artist comme l’expression d’un appel au secours de l’Amérique. Comment en effet ignorer l’allégorie que le scénario nous propose, le parallèle qui nous est offert :
  • Entre le peuple Américain et George Valentin, au faîte de sa gloire dans le « monde d’avant » et qui refuse jusqu’à ce qu’il soit trop tard de se rendre à l’évidence de l’émergence des nouvelles règles du « monde d’après la crise » dont il est pourtant un des premiers spectateurs? ;
  • Entre les médiatiques guerres de perdition des USA depuis 2001 et la dernière scène du dernier film d’une star en déclin qui se filme en train de s’enliser dans des sables mouvants, résigné à son sort? ;
  • Entre l’inconscient collectif américain de la crise de 2008 et le destin de George emporté dans la tourmente de celle de 1929? ;
  • Entre les pays BRICS et les figurants du « monde d’avant » symbolisés par l’Argentine Bénérice Bejo, et qui parviennent en haut de l’affiche? ;
  • Entre une Amérique assourdissante, cacophonique et que plus personne n’écoute dans le monde, et le cauchemar de George Valentin où de multiples femmes à l’image de Bérénice le dépasse en gloussant sur son état d'hébétude? ;
  • Entre la dégradation régulière de la société US et l’implacable descente aux enfers d’une star prise au piège d’une crise historique et de son fol orgueil, qui ne trouve aucune issue à son obsolescence, sinon dans la solitude et la fuite, et voit toutes ses possessions rachetées par sa jeune concurrente? 
Sic Transit Gloria Mundi. Mais ensuite ?

Pourtant, Bérénice aime George, et essaye constamment de l’aider du mieux qu’elle peut, sans s'imposer. Nous aimons le peuple Américain. Arriverons-nous à temps nous aussi, au moment où George sombre au milieu des ruines fumantes de sa vie ? Or ce n’est pas seulement une question de temps. C’est aussi pour George d’être capable  de reconnaître qu’il peut être aidé, et de l’exprimer, d’oser en parler, et d’agir en concert. La chance de Thomas Langmann c’est d’avoir su favoriser cette mixité culturelle au bon moment historique. La chance sourit aux audacieux, mais le fait que l’initiative vienne d’Européens n’est pas une surprise : c’est bien ce rôle de production d’idées et de réalisation de projets mixtes que nous pouvons mener mieux que quiconque. Ce qui a commencé dans le domaine des Arts et des Lettres, incluant les nouvelles relations internationales, doit s’étendre à tous les autres. Le peuple américain redemandera de cette nouvelle culture qui remplacera avantageusement l’idolâtrie des Chevaux de Guerre. Et nous devrons répondre nous aussi, comme les derniers mots de The Artist : « With pleasure ».

Aujourd’hui, l’Académie des Artistes américains, en décernant ces Oscars, nous adresse véritablement cet appel au secours, d’une voix qui n’est pas muette, mais aphone. C’est bien cette nouvelle posture politique, en rupture avec celle du gouvernement US, qui s’exprime également dans l’Oscar du meilleur film étranger décerné à un film Iranien : « La séparation ».