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2015/01/02

Conscience Sociale : bilan de la situation internationale fin 2014 et un aperçu de ce que 2015 pourrait nous apporter

Introduction

Le Saker a publié il y a trois jours son rapport de fin d’année 2014. Il s’agit d’une synthèse exclusivement centrée autour de la crise ukrainienne. L’état des lieux est particulièrement sensé, mais je pense que l’analyse peut être élargie ou complétée sur certains points. J’ai donc décidé de reprendre son texte original en anglais, et d’y introduire mes ajouts en français.
By any measure 2014 has been a truly historic year which saw huge, I would say, even tectonic developments. This year ends in very high instability, and the future looks hard to guess. I don't think that anybody can confidently predict what might happen next year.
Le terme essentiel dans la phrase qui précède est “de manière présomptueuse” (confidently), c’est-à-dire prédire avec une certitude absolue. Car le Saker a ensuite détaillé une logique qui l’autorise en conclusion à pouvoir prédire (predict) avec une certitude moindre (80%) certains comportements des acteurs analysés. Ce n’est pas de la prévision (foresee : to sense or know in advance) mais bien de la prédiction argumentée (predict) datée et vérifiable, c’est-à-dire de l’anticipation politique.
So what I propose to do today is something far more modest. I want to look into some of the key events of 2014 and think of them as vectors with a specific direction and magnitude. I want to look in which direction a number of key actors (countries) "moved" this year and with what degree of intensity. Then I want to see whether it is likely that they will change course or determination. Then adding up all the "vectors" of these key actors (countries) I want to make a calculation and see what resulting vector we will obtain for the next year. Considering the large number of "unknown unknowns" (to quote Rumsfeld) this exercise will not result in any kind of real prediction, but my hope is that it will prove a useful analytical reference.
Encore une fois, le terme essentiel dans la phrase qui précède est “à l’image de la réalité” (real), c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de prédire l’ensemble des événements marquants sur la planète en 2015. Il s’agit bien de produire une anticipation politique, qui détermine son cadre d’analyse, et qui nous donne rendez-vous dans 6 mois ou un an pour en vérifier la justesse, afin de l’affiner.

Cette démarche est le fondement qui nous permet d’échapper au sort, de ne pas être réduit à être prisonnier des événements. Elle est valable en tout temps et tous lieux, et est encore plus précieuse en temps de crise, parce qu’il s’agit du meilleur outil méthodologique qui nous reste à disposition, tous les autres ayant faillis.

L'évènement central et les acteurs principaux

A comprehensive analysis of 2014 should include most major countries on the planet, but this would be too complicated and, ultimately, useless.
Encore une fois, le terme essentiel dans la phrase qui précède est “complète” (comprehensive), c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de décrire l’ensemble des évènements de 2014 pour tous les pays majeurs du globe. Nous sommes d’accord, ce serait bien trop fastidieux, et peu utilisable à cause de la longueur du texte à lire. C’est pourquoi l’effort de synthèse est déterminant dans la constitution d’une anticipation politique.
I [the Saker] think that it is indisputable that the main event of 2014 has been the war in the Ukraine.
Partant de ce postulat, le Saker définit les principaux acteurs impliqués dans cette crise localisée et développe une analyse très pertinente. Mais nous devons la cantonner au périmètre de départ, c’est-à-dire la crise ukrainienne.

Notre ambition ici est de prendre davantage de recul pour réaliser une synthèse principalement sous les angles géo-économique et historique, englobant des acteurs dont certains sont naturellement différents du cadre choisi par le Saker.

En effet dans cette perspective géo-économique l’événement marquant de 2014 est le lancement d’un système financier international alternatif au sommet des BRICS à Fortaleza, que nous avions anticipé.

Ce mouvement n’est pas seulement celui d’une dé-dollarisation du système monétaire international. C’est aussi l’expression affirmée d’une dé-américanisation des esprits, de la fin du règne global de la pensée unique des soi-disant élites occidentales.

Cette situation historique exige un repositionnement de l’Europe et de l’axe anglo-américain vis-à-vis de la Grande Asie, face à l’inéluctable retour de balancier de ce que l’on appelle aujourd’hui en géopolitique la puissance, mais – insistons encore une fois sur ce point – laquelle n’est rien d’autre que la résultante du développement de l’esprit des peuples.

La partie d’échecs entre ces deux axes n’a pas attendu la crise ukrainienne pour se révéler. Il s’agit d’un enjeu historique que l’on peut faire remonter au minimum au XVIIème siècle.

Voilà bien nos acteurs majeurs pour cette étude géo-économique : l’axe anglo-américain gouverné par l’état profond transnational et l’axe russo-chinois, qui est le fer de lance du monde multipolaire proposé par les BRICS.

Le tableau suivant résume les influences et alliances de ces deux axes à fin 2014, ainsi que leurs principaux atouts géo-économiques.

 Notes : sur les marchés truqués ; sur le protectorat de l’Allemagne

En 2015 nous estimons que les pays suivants rejoindront graduellement la sphère d'influence de l'axe russo-chinois: Australie, Arabie Saoudite, Turquie, Vatican, Pakistan, Corée du Nord, Corée du Sud, Yémen. La dynamique globale pousse nettement dans cette direction. Pour le découplement du système monétaire international, nous maintenons nos précédentes anticipations (voir ici et ici).

L’offensive géo-économique

La phase actuelle a selon nous commencée en 2007-2008 à l’initiative de l’axe anglo-américain. Exactement comme les crises financières précédentes (1837, 1863, 1873, 1893, 1907, 1913, 1933, Bretton Woods 1944, gold window 1971, crise asiatique 1997, crise des dotcom 2000), il ne s’agissait pour la « banque » que de donner une secousse au bon endroit et au bon moment pour que beaucoup s’écoulent. Il suffit alors de ramasser tout ce que les joueurs avaient misé sur le tapis pour accumuler encore plus de pouvoir – le capital n’étant qu’un instrument du pouvoir.



Intermède: Un témoignage
I had a nice talk with Jack Morgan the other day and he seemed more worried about Tugwell's speech than about anything else, especially when Tugwell said, "From now on property rights and financial rights will be subordinated to human rights." J.P.M. did not seem much troubled over the gold purchasing, and confessed that he had been completely misled in regard to the Federal expenditures. The real truth of the matter is, as you and I know, that a financial element in the larger centers has owned the Government ever since the days of Andrew Jackson — and I am not wholly excepting the Administration of WW — The country is going through a repetition of Jackson's fight with the Bank of the United Stated - only on a far bigger and broader basis.
(F.D. Roosevelt, 1882 – 1945 ; Letter to Col. Edward Mandell House, 21 November 1933 ; in F.D.R.: His Personal Letters,1928-1945, edited by Elliott Roosevelt, New York: Duell, Sloan and Pearce, 1950, p. 373)

Notes: Rexford Tugwell was one of FDRs economic advisors. At the time he was Assistant Secretary of the United States Department of Agriculture.
WW is the president W. Wilson.
Andrew Jackson was president from 1829 to 1837. He was strongly opposed to the Second Bank of the United States, a precursor to the modern Federal Reserve Bank.

[I have published a few months after this article a new one dedicated on this relation between finance and power.]



Cette crise financière déclenchée en 2008 par la faillite décidée (c'est à dire provoquée) de Lehman Brothers fut la première qui devait avoir un impact mondial. Cependant certains joueurs comme la Chine plus informés sur le sens de l’Histoire avaient pris certaines précautions, notamment depuis la crise asiatique, et furent bien moins touchés que prévu. Leur rattrapage économique sur les Etats-Unis, au lieu de ralentir, s’est alors fortement accentué jusqu’à les dépasser fin 2014.

Les offensives géopolitiques de l’axe anglo-américain depuis 2008 (Georgie, printemps arabe, Soudan…) se sont entremêlées avec les passes d’armes géo-économiques entre les adversaires. Depuis le premier sommet BRICS en 2008, l’axe anglo-américain n’a pas voulu croire à la réalité de la constitution accélérée de l’axe russo-chinois, mais seulement de la nécessité de le retarder ou de l’éviter. Cela peut s’expliquer par le fait que reconnaître la réalité de cet axe revenait à reconnaître qu’il n’y avait plus aucune solution pour l’axe anglo-américain. La partie est perdue, et dans la structure sociopolitique du pouvoir en place ces mots font partie de l’indicible, de l’inaudible et de l’inenvisageable.

Un indicateur de la tension géo-économique et de la dé-dollarisation est donné par le montant des bons du Trésor américain détenus par la Fed et par le reste du monde. Les coups de frein de 2008 et 2013 par le "reste du monde" sont manifestes dans les graphiques qui suivent.

En rouge: part de détention des Bons du Trésor U.S. par la Fed;
En vert: part de détention des Bons du Trésor U.S. par les institutions étrangères (banques centrales);
source : conscience-sociale.org avec données St Louis Fed

Détention des Bons du Trésor US négociables confiés par les institutions étrangères à la Fed Bank of NY (en bleu, lhs: montant net ; en rouge, rhs: variation annuelle); Le pic négatif de mars 2014 marque la vente massive d'UST par la Russie suite au coup d'état en Ukraine.
source: conscience-sociale.org avec données St Louis Fed

Un autre indicateur, encore plus important, est celui de la base de l’or métal ou des taux GOFO. Nous avons déjà expliqué l’importance de ce marché et son évolution depuis 2013.

Aucune tactique employée par l’axe anglo-américain depuis 2008 n’a réussi à inverser la tendance. Ceci explique l’annonce de la fermeture à Londres du marché des taux de contrats à terme liés à l’or (GOFO). Celle-ci confirme très clairement notre anticipation en la matière.

La violence de l'attaque monétaire contre la Russie se lit dans le taux d'échange entre l'euro et la monnaie ukrainienne (le hryvnia), même après les premiers accords de cessez-le-feu de septembre 2014, dans ce pays en guerre civile :


Comparons avec le graphique du taux de change entre la monnaie ukrainienne et le rouble d'une part, et entre l'euro et le rouble d'autre part:



Le rouble a fortement chuté face à la monnaie ukrainienne et à l'euro à partir de septembre 2014 (remontée des taux hryvnia/rouble et euro/rouble) ! Bien évidemment, pas une seule bombe n'est pourtant tombée en Russie, pas de crise politique ni sociale ni sanitaire, et un bon nombre de nouveaux contrats massifs sont signés dans cette période. Cela reviendrait à dire que ne pas livrer les navires Mistral et diminuer les capacités d'accès aux dollar US pour quelques crédits en cours aurait un effet immédiat et encore pire qu'une guerre civile.

Il n'est évidemment pas question de se laisser influencer par une manœuvre de propagande aussi grossière. Chacun doit savoir que les cours de change ne sont pas déterminés par des offres et demandes de devises à l'instant t, mais pas des paris sur les taux futurs, parce que l'effet de levier y est très largement supérieur.


Les rumeurs que la Russie aurait bientôt épuisé ses réserves de change, ou que la banque centrale russe ne peut rien contre "les marchés", ça ne tient pas une seconde :

Volume des réserves de change de la Russie, de 1997 à décembre 2014

De plus je note que personne n'a expliqué que grâce à cette crise des changes la Russie a surtout racheté des roubles en les payant en dollar US au meilleur cours, c'est à dire a racheté sa devise aux fondamentaux excellents en payant avec de la monnaie de singe. Une très bonne affaire pour la banque centrale russe ! Ça renverse complètement le point de vue habituel "la Russie a été obligée de vendre ses réserves en dollar pour supporter le cours du rouble". Par contre il est certain que les acteurs de l'axe anglo-américain rêvaient tout grand que la Russie vende une partie de ses réserves d'or dans la panique qu'ils espéraient.
Ils en ont été pour leurs frais.

[Cet article devait initialement être complété sur la crise en Ukraine dans les jours suivants. Nous avons finalement choisi de traiter plus en profondeur les facettes géo-économiques, historiques et morales de l'Occident, qui restent les plus ignorées, et qui sont le terreau pour préparer demain.]


2014/04/01

Rentrer à Matignon, ou rentrer dans l’Histoire

Rentrer à Matignon, ou rentrer dans l’Histoire.
Lettre ouverte à Monsieur Valls.



Monsieur le Premier Ministre,

Nous vous félicitons pour votre récente nomination à Matignon. 

Vous savez comme nous que la situation de la France, de l’Europe et du monde requiert une acuité toute nouvelle. 

Vous avez aujourd’hui l’opportunité de décider si vous voulez rentrer dans l’Histoire de France en devenant un homme d’Etat.

Pour cela, vos plus proches concitoyens vous conseillent de commencer par annoncer publiquement le programme suivant, qui vise à redonner enfin une vision positive, de l’élan et du courage au peuple français :
  • Affirmation de l’indépendance de la France, par la sortie unilatérale de l’OTAN par la France, qui sera effective 12 mois plus tard
  • Désaveu complet du régime de Kiev et reconnaissance du statut actuel de la Crimée
  • Désaveu de la politique étrangère et des programmes de surveillance massive des Etats-Unis, en rappelant l’ambassadeur de France à Washington
  • Désaveu du nouveau pacte transatlantique (TTIP) en l’état
  • Développement d’une nouvelle stratégie visant à redynamiser les relations de la France avec les pays BRICS ; annonce de l’intention de votre première tournée diplomatique dans chaque capitale des pays BRICS
  • Désaveu du Service pour l’Action Extérieure de la Commission Européenne, et demande expresse de le cantonner à exécuter seulement les décisions prises par le Conseil Européen, en restreignant fortement son autonomie
  • Présentation des excuses officielles pour le rôle tenu par la France dans le dernier conflit libyen
  • Affirmation du nouveau soutien de la France au Président Assad en Syrie
  • Soutenir les demandes de retrait de toutes les troupes militaires américaines en Europe
  • Affirmation de l’indépendance complète de votre politique par rapport aux décisions des agences de notation sur notre dette souveraine
  • Affirmation du rôle positif pour l’Europe des récentes annonces de l’établissement du clearing en Yuan à Londres et à Frankfort
  • Affirmation de la volonté du nouveau gouvernement de tout mettre en œuvre pour que la France intègre dès que possible le nouveau système monétaire et financier en construction, en commençant par votre souhait de faire entrer la France comme membre de la nouvelle Banque Mondiale de Développement initiée par les pays BRICS
  • Affirmation du rôle moteur qu’entend jouer la France parmi les pays de la zone euro avec ce programme, dans la seule ambition de créer de nouvelles synergies et un mouvement positif en levant les blocages existants
  • Réaffirmer l’absolue nécessité de l’indépendance totale de la Justice en France
  • Réaffirmer l’absolue nécessité du respect du droit international par tous les pays, et du rôle à tenir par la France en la matière
  • Affirmation de la volonté de la France de jouer désormais un rôle leader dans la définition et l'instauration rapide des nouvelles régulations bancaires, contre l'évasion fiscale, et notamment  aussi concernant une union bancaire européenne la plus efficace possible
  • Affirmation de votre support personnel pour la modification des traités Européens.


Avec un tel programme suivi par les actes en conséquence, toutes vos prochaines annonces sur les autres réformes de politique intérieure seront courageusement acceptées par vos concitoyens et les effets de cet élan politique se feront positivement sentir dès les élections européennes.

Vos concitoyens vous demandent de faire votre devoir et de les représenter dignement. Chaque changement de gouvernement est porteur d’espoir, mais éventuellement de nouvelles déceptions s'il ne prête pas attention aux réels enjeux historiques.

Si nous pouvons compter sur vous, vous pourrez compter sur nous.





2014/03/25

L’age d’or de notre ère est l’age de l’or

[english translation is here]

Vers un nouveau système monétaire international, Partie 2.


Nous avions commencé en janvier 2013 par établir la nécessité de résoudre le problème du système monétaire international, et sa priorité absolue.[1] 

Nous avons ensuite proposé en mai 2013 une stratégie permettant de préparer concrètement la résilience indispensable pour supporter le changement de système monétaire international.[2] Les diverses annonces officielles au cours des mois écoulés ont largement confirmé que cette anticipation était partagée.[3] 

La synthèse de cette stratégie a été à nouveau exprimée par Laurence Brahm le 21/10/2013: 
"Il ne s’agit pas de la suppression intégrale de l’ancienne architecture financière de Bretton Woods mais plutôt de la création d’une nouvelle structure parallèle à l’ancienne. A terme, les pays pourront choisir quelle architecture convient davantage à leurs propres plans de reconstruction et de rénovation." [4] 
L'âge d'Or (Zucchi)
Cette semaine de mars 2014 voit une nouvelle étape se franchir. Il ne s’agit rien de moins que de s’orienter d'ici 2015 entre la redite de la conférence de Vienne en 1815 (le Concert des Nations) ou celle de Yalta en 1945 (la Guerre Froide) qui entérinera les « nouvelles règles du jeu dans les relations internationales »[5]. 

En effet cette semaine en Europe un grand nombre de réunions bilatérales se précipitent: 
  • Le Président Xi avec le Premier Ministre des Pays-Bas, M. Hollande, Mme Merkel, puis à la Commission Européenne [6] 
  • Le Président Obama avec le Président Xi, et étend son déplacement à la dernière minute pour rencontrer les chefs d’Etat des Pays-Bas, d’Italie, de Belgique, des Emirats, de Corée du Sud, du Japon, puis une audience avec le Pape à Rome et une rencontre avec le roi d’Arabie Saoudite.[7] Sans oublier une rencontre prévue avec MM Barrosso et Van Rompuy [8] 
  • La réunion du G7 en marge du Nuclear Security Summit 2014 
  • Et d’autres rencontres bilatérales plus ou moins officielles et préparées entre d’autres chefs d’Etat qui vont profiter de leurs venues au Nuclear Security Summit 2014 
Officiellement il s’agit surtout de parler de la crise en Ukraine et en Crimée, ou de signer quelques contrats. Les communiqués publics en feront mention. 

Nous pensons que d’autres sujets bien plus importants, et liés, seront discutés: ceux relatifs à l'actuelle réorganisation du nouveau système monétaire et financier international.[8.1]

Montant des réserves des banques centrales étrangères en Bons du Trésor US conservées par la Fed; (Sources: St Louis Fed ; Conscience-Sociale.org)

Notre analyse est bien que la crise ukrainienne a été déclenchée par l’Etat profond américain en préparation de l’instauration de cette prochaine organisation.[9] Il s’agit de retenir l’UE dans la zone de domination des USA.[9.1] 

Le moment est venu de préciser ce que nous entendons par nouveau système monétaire et financier international. 
Nous pensons qu’il s’agit non seulement de former ce qui est déjà annoncé: 
  • Une Banque de développement des BRICS parallèle à la Banque Mondiale 
  • Un fonds commun de stabilité parallèle au FMI 
  • Des partenariats pour les échanges bilatéraux en parallèle de l’OMC 
mais d’aller beaucoup plus loin encore. 

Tout d’abord la Banque de Développement des BRICS devient désormais une « banque initiée par les BRICS pour le développement de toutes parties intéressées », et dont la gouvernance est ouverte à tout Etat désirant adhérer.[9.2] 

Ensuite, et c’est le plus novateur: il s’agit de créer une autre institution parallèle à la Banque pour les Règlements Internationaux (BRI / BIS)
Celle-ci est la plus ancienne institution financière internationale, et entièrement gouvernée par l’Occident (les 6 membres permanents et fondateurs sont les banques centrales de Belgique, France, Allemagne, Italie, U.K. et USA, qui peuvent avoir un double poids de vote – l’analogie avec les réunions d’Obama cette semaine n’est pas un hasard [10]) 

La BRI est la banque centrale des banques centrales, c’est-à-dire qu’elle organise et supervise les échanges entre elles… et notamment ceux concernant l’or physique. Les activités sur la régulation financière (les règles des comités de Bâle), beaucoup plus connues, ont été ajoutées bien plus tard, quand l'existence de cette banque est devenue publique alors qu'elle était gardée secrète depuis sa création.[10.7]

Le premier problème à régler pour la refondation du système monétaire et financier international n’est pas vraiment le choix d’une nouvelle monnaie. Ceci n’est qu’un moyen. Il s’agit avant tout d’assurer la stabilité des prix et le développement du commerce international. Sans cela, la seule alternative c’est la guerre sans fin pour les ressources qui seront de plus en plus rares. Il faut donc bien séparer le problème d'une monnaie de référence pour le commerce international, de celui d'une monnaie de réserve pour les banques centrales.

La dislocation géopolitique mondiale à la suite de la crise de 2008 a tranché le nœud gordien: il n’est plus besoin de prendre une décision pour l’ensemble des pays (ce qui a bloqué cette réforme depuis de longues années [10.6]). Désormais ce sont les pays BRICS qui ont l’initiative et la volonté d’avancer. Cette volonté est le facteur essentiel comme nous l’avons écrit: [10.9]
Le contexte géopolitique mondial est caractérisé avant tout par un basculement: déclin de l’empire Américain d’un côté et montée de l'initiative multipolaire des pays BRICS de l’autre. Parce qu’ils manquent cruellement d’autonomie de décision et de volonté, l’UE et le Japon se retrouvent ballottés par cette lame de fond de l’Histoire. 
Le choix est fait depuis plusieurs années: le commerce international sera basé sur l’or.[10.3] 
Comment cela va-t-il se passer en pratique ? Pas avec des bateaux ou des camions chargés de lingots, bien sûr. Il a fallu organiser comme nous le disions une « BIS-bis » qui puisse gérer une chambre de compensation pour les règlements (settlements) en or physique, et surtout lui adjoindre un ingrédient fondamental: permettre à nouveau les règlements du commerce international des marchandises au moyen de « Real Bills » (ou Gold Bills), comme préconisé par la Nouvelle Ecole Autrichienne d’Economie et les travaux du Pr Fekete.[10.4] Ceux-ci sont des effets réels de commerce (ou lettres de crédit ou billets à ordre) payables à échéance en or physique, et dont l'émission est strictement limitée par les commandes reçues. Ils permettent de multiplier la vélocité de la monnaie, sans aucun risque d’inflation.[10.1] 

On est très loin d’un simple standard « 100% or ». 

L’or est la seule monnaie (l'argent métal est côté en parité flottante par rapport à lui) comme tout le monde le savait depuis des millénaires. Aujourd’hui la plupart des gens l’ont confusément oublié, mais pas les banquiers centraux occidentaux qui ont essayé pendant un siècle de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.[10.8] En nous trompant, ils se sont trompés eux-mêmes et se sont mis à croire à leurs propres fariboles. Un échec historique et d'ampleur planétaire. Hélas, hélas, c'est un échec de l’esprit européen. Il faudra le reconnaître pour trouver sous nos pieds l’impulsion nous permettant de remonter de ce cimetière marin.[10.2] 

Les pays BRICS n’ont pas nécessairement besoin de l’Occident pour mettre en route ce système.[10.5] Rappelons ce qu’il remplace: les devises en dollar et les Bons du Trésor US (US Treasury) à la base des fameux « pétrodollars » sont remplacés par les effets de commerce réels (Gold Bills) qui vont permettre d’acheter du pétrole par exemple.[11] C'est la fonction de monnaie d'échange pour le commerce international.
Mais ces Bons du Trésor ont aussi une fonction de revenu puisqu’ils procurent un rapport lié à leur taux d’intérêt à moyen ou long terme - c’est d’ailleurs un défaut mortel de ce système. Il s'agit ici du problème de la monnaie de réserve pour les banques centrales.

Le nouveau système propose très astucieusement de découpler ces deux fonctions. La fonction de revenu pourra être apportée (le moment venu) par l’introduction d’obligation-or (gold bond), c’est-à-dire d’obligations libellées en masse d’or, qui produit un intérêt versé en masse d’or et dont le principal est remboursable en masse d’or (donc pas une simple obligation adossée à un collatéral or, et libellée en monnaie fiduciaire - ou gold backed bond). Là aussi, il faut une institution pour assurer l’émission de ces obligations. 

Remarquons que pour démarrer, il n’est pas du tout indispensable de remplacer les devises nationales fiduciaires par des pièces d’or. Les effets réels vont circuler en parallèle des devises, et la confiance des utilisateurs de ces devises se reflétera en temps réel dans le prix local de cette devise mesurée en mg d’or (c’est-à-dire l’inverse du 'prix de l’or' mesuré dans cette devise, qui est la vision habituelle que l’on a – une perception totalement fausse puisqu’on ne peut pas mesurer la longueur d’une barre avec un élastique: on doit faire l’inverse). D’où l’importance fondamentale de ne pas avoir de marché de l’or truqué comme actuellement à New York et Londres.[12]


Prix du dollar U.S. en mg d'or fin
(Sources: St Louis Fed; LBMA; Conscience-Sociale.org)

Les USA n’ont aucun moyen pour empêcher les BRICS de lancer ce système parallèle, concurrent de celui des US Treasury, et qui condamne définitivement l’attraction de ces dernières.  

Il ne reste alors aux décideurs américains (c’est-à-dire l’Etat public et l’Etat profond) que les possibilités suivantes comme nouvelles règles du jeu, puisqu'ils sont dos au mur [12.2]: 
  • soit accepter la cohabitation ouverte de deux systèmes parallèles, avec 100% des acteurs qui savent que le système dollar ne peut être concurrentiel (donc très rapidement un seul système qui perdure et tous les avoirs en US Treasury qui partent en fumée). Pudiquement cela s’appelle la « restructuration des actifs du marché des obligations américaines ». C’est le chemin de Vienne en 1815.[12.1] 
  • soit ne pas accepter cette cohabitation ouverte, c’est-à-dire refermer la porte pour se retrancher derrière et bâtir un mur le plus haut possible pour que personne ne puisse s’échapper de la zone Dollar. Pour que cette zone puisse durer le plus longtemps possible (tout en étant condamnée d'avance à cause de la déflation), il faut qu’elle soit la plus grande possible, et l’UE est donc une proie bien tentante (avec les réserves d'or qui lui restent) et très facile grâce aux gouvernements et à une Commission Européenne atlantistes et qui suivent docilement les intérêts de l’Etat profond américain. Il s’agit donc de leur faire signer le TTIP le plus vite possible, qui les convaincra rapidement de ne pas rapatrier leur or et d’abandonner l’euro (deux monnaies dans la zone US-UE, c’est une de trop) puisqu’ils ont déjà abandonné leur souveraineté. C’est la voie de Yalta en 1945. [12.3] 

La prochaine fois que vous croisez votre Président ou votre Premier Ministre, vous savez maintenant quelle bonne question lui poser: qu’a-t'il choisi à notre place et qui est censé tous nous engager?
Les pays BRICS tendent la main aux peuples Européens depuis 2009, et nos gouvernements leur affichent jusqu'à présent un dédain sans nom, préférant les ombres du monde d'avant.[13] Mais il n’est pas encore trop tard pour penser à notre place dans l'Europe et dans le monde, il reste quelques petits mois et le billet peut se prendre dès cette semaine. Hâtez-vous ou repentez-vous.

Ce qui se discute en ce moment en aparté est pourtant l'affaire de tous, et va nous engager pour bien longtemps. Ne subissez pas sans comprendre.


An error doesn't become a mistake until you refuse to correct it.
(O.A. Battista, 1917-1995)

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[1] ‘La crise écologique globale exige une refonte du système monétaire international’, Conscience Sociale, 01/2013 ; cet article se situait dans la continuité de la question fondamentale posée en 2011: 'How to replace the world trade reference currency’, Conscience Sociale, 06/2011

[2] a) ‘Vers un nouveau système monétaire international - partie 1’, version FR ou EN, Conscience Sociale, 2013 ; b) les prémices de cette stratégie se trouvent dans la conclusion de l'article de 2012: 'La géoéconomie des Bons du Trésor US', Conscience Sociale, 12/2012

[3] a) ‘China, Europe Agree on Currency Deal’, TheTrumpet.com ; b) ‘China's planned crude oil futures may be priced in yuan’, Reuters ; c) ‘India to resume paying Iran in Euros’, India Times ; d) ‘PBOC Says No Longer in China’s Interest to Increase Reserves’, Bloomberg ; e) ‘China’s central government has reportedly approved 12 new free trade zones, including ones in Tianjin and Guangdong’, The Diplomat ; f) ‘Harbinger: 23 countries begin setting up swap lines to bypass dollar’, The Examiner ; g) ‘FMI: La réforme de l'institution reste bloquée par Washington’, Les Echos ; h) ‘Dollar-based system is inherently unstable - The culprit is the dollar’, Financial Times ; i) ‘A Shanghaï, Pékin s'offre un laboratoire des réformes’, Le Monde ; j) ‘La banque de développement et le FMI des BRICS sont nés’, L’Express ; k) ‘Shanghai Free-trade Zone to lead on yuan reform’, South China Morning Post ; l) ‘IMF Quota and Governance Reform: Political Impulse Needed for Progress on Reform Process’, CIGI ; m) ‘South Korea, Australia ink US$ 4.5 billion currency swap agreement’, Sovereign Wealth Fund Institute ; n) ‘BRICS Bank: Caution is a good policy’, India&Russia Report ; o) ‘G20 regrets IMF reforms delay, India says can't wait for long’, Industan Times ; p) ‘Медведев: особую экономическую зону в Крыму будет курировать Козак’, RBC Daily ; q) 'Gold trading to open up to foreigners in Shanghai', SCMP, 03/2014 ; r) 'Russia without dollar - what are the risks?', pravda.ru, 03/2014

[4] a) ‘Les Brics veulent en finir avec l’extrémisme des marchés financiers’, RIA Novosti ; b) article original: ‘БРИКС положит конец рыночному фундаментализму’, RBC Daily 

[5] a) R. Cohen, ‘International Politics: The Rules of the Game’, Longman Group United Kingdom, 1982 ; b) Le Président Xi déclare ainsi cette semaine: "China is firmly committed to ... building a new model of major country relations", Reuters, 03/2014

[6] Le Parisien, 03/2014 

[7] The Guardian, 03/2014 

[8] Conseil Européen, 24/03/2014 

[8.1] Ne pas ignorer par exemple: a) 'Did Russia Just Move Its Treasury Holdings Offshore?', WSJ, 03/2013 ; b) 'Emerging Markets central banks sell US government bonds', Financial Times, 03/2014

[9] a) ‘La crise ukrainienne, un événement de la politique profonde’, Conscience Sociale, 03/2014 ; b) Pour la définition précise du terme 'Etat profond' voir 'La politique profonde et l’Etat profond (deep politics and the deep State)’, Conscience Sociale, 03/2014

[9.1] 'Escalade dans la réaction de survie des États-Unis: déclencher une guerre froide pour mieux annexer l’Europe', Global Europe Anticipation Bulletin n°83, 03/2014

[9.2] 'The Way Forward for the Brics New Development Bank', All Africa, 03/2014

[10] Obama et Cameron ont préparé cette réunion la semaine dernière: whitehouse.gov, 03/2014 

[10.1] Les Real Bills expirent au bout de 91 jours maximum.


[10.3] 'Building a strong economic and financial security barrier for China - Actively build and implement national gold strategies', In Gold We Trust, 09/2013

[10.4] Pour plus de détails sur ce fonctionnement, on pourra lire sa très récente annonce 'Gold Bills Payable in Gold Sovereigns', A.E. Fekete, 03/2014; Sur la distinction entre Real Bills et Gold Bills: entretien du Pr. Fekete avec Daily Bell, 03/2014

[10.5] L'ensemble formé par les BRICS est déjà suffisamment autonome: 'Sanctions effect: Russia to change its economic partners…for the better', Russia Today, 03/2014

[10.6] 'U.S. Dollar, Euro, Renminbi as invoicing currencies in international trade and as reserve currencies - A bibliography', Conscience Sociale

[10.7] Créée en 1930, son existence n'a été publiquement dévoilée qu'en 1977. Notons aussi que d'après les statuts le terrain de l'immeuble de la BIS n'est pas soumis aux lois suisses. La police ou l'armée ne peuvent y rentrer. Voir aussi 'Tower of Basel: The Shadowy History of the Secret Bank that Runs the World', Adam LeBor, PublicAffairs, 2013

[10.8] 'Bernanke Tells Congress: I Don't Really Understand Gold', Forbes, 07/2013 ; Mais ils ont reconnus eux-mêmes être au bout du rouleau : voir Conscience Sociale, 08/2013

[10.9] 'Focus' in Global Europe Anticipation Bulletin n°83, 03/2014

[11] Notons à ce sujet que les pays BRICS ont capitalisé sur l’expérience acquise par les achats de pétrole iranien en or par l’Inde, au travers de banques turques. Comme quoi l’embargo injuste décrété par l’Occident s’est révélé être une faiblesse qui allait entraîner d’énormes conséquences. L’Histoire est friande de ce genre d’ironie. Voir a) WSJ, 02/2014 ; b) Foreign Policy, 02/2014

[12] a) 'Sun Zhaoxue: The United States Intends To Suppress Gold To Ensure The Dollar’s Dominance',  In Gold We Trust, 01/2014 ; b) L'origine de cette stratégie remonte loin dans le temps. On peut citer par exemple: 'Minutes of Secretary of State Kissinger’s Principals and Regionals Staff Meeting, Washington, April 25, 1974', in FOREIGN RELATIONS OF THE UNITED STATES, 1973–1976, VOLUME XXXI, FOREIGN ECONOMIC POLICY, DOCUMENT 63 ; c) 'La Manipulation du Prix de l’Or', 24hgold, 09/2008 ; d) 'Barclays, Deutsche Bank Accused of Gold Fix Manipulation', Bloomberg, 03/2014 

[12.1] 'What the world needs is “19th century behavior', Russia in Global Affairs, 03/2014

[12.2] 'L'implosion du marché COMEX et la dé-américanisation du monde’, Conscience Sociale, 10/2013

[12.3] 'L'Union européenne: la nouvelle URSS', Vladimir Boukovski

[13] 'La dérive néo-conservatrice de la politique française', Agile Démocratie, 03/2014 

__________
Dernière édition: 10/4/2014, 8:43

2013/08/29

Les banquiers centraux et leurs émotions

[MAJ le 30/08]

Le Financial Times vient de publier un article que j'attendais depuis 2007: Central bankers have given up on fixing global finance. Vous avez bien compris: les banquiers centraux réunis à Jackson Hole renoncent à trouver une solution pour améliorer le système monétaire international et sortir de la crise globale: c'est l'abandon au statu quo.

Bien sur, même maintenir ce statu quo leur est impossible. C'est juste un aveu de leur perte totale de contrôle, ce que nous décrivons depuis des années.
Mais commençons tout d'abord notre analyse par la partie facile: ce renoncement est une émotion qui s'inscrit dans le cadre de l'acceptation du changement induit par la crise systémique globale, et son choc depuis 2007. Les banquiers centraux(*) sont passés par les émotions classiquement associées aux étapes de la courbe du changement de Kübler-Ross qu'elle a appliquée à toute forme de perte catastrophique. 

Immédiatement après le choc, l'étape de déni est celle où continue de s'exprimer le sentiment de stabilité: les banquiers centraux sont dans un état stable, ils maitrisent généralement leur travail, possèdent des habitudes, mais surtout une expertise dans ce qu’il fait. On annonce que la crise n'existe pas, ou bien qu'elle ne sera que très passagère.

Puis vient la confusion : le changement se précise, les faillites se font retentissantes (2008). Les banquiers centraux restent droits dans leurs bottes à ce stade, et ne croient pas encore au caractère systémique de la crise. On communique pour essayer de se convaincre soi-même d'un découplage des économies.

Puis vient le rejet : les banquiers centraux essayent systématiquement de défendre l’ancienne façon de faire (QE) et rejette les nouvelles idées (comme rebâtir le système monétaire international sur un panier de devises, ce qui a été proposé dès 2009).

Puis vient l’agressivité : passant par un sentiment d’amertume, et parfois de colère, les banquiers centraux peuvent devenir agressifs et prendre des décisions contraires à l'intérêt des autres. C'est la phase de guerre monétaire (currency war) depuis 2010.

Puis vient la négociation : les banquiers centraux tentent de négocier pour minimiser les impacts sur leur situation actuelle. C'est le travail de réflexion multilatérale sur la refonte du système monétaire international qui connait son point culminant en 2011. On pourra consulter :
Puis vient l'acceptation de l'échec : les banquiers centraux passent par un sentiment de frustration ou de tristesse, puisque la négociation ne donne pas de résultats. Le bilan de la réunion de Jackson Hole cette semaine en est un très bon exemple. 
On doit ici citer le dernier communiqué du FMI du 5 Août sur la modification des droits de vote et des quotas. L'application de toute la réforme de 2010 est désormais suspendue à la seule décision des Etats-Unis. En effet, un minimum de 85% des votes doivent l'entériner. 75% sont déjà réunis, et les U.S. refusent toujours de voter alors qu'ils sont les seuls à disposer d'un vote bloquant (16%). Comme le résume parfaitement Thomas Bernes :
"The failure by the Unites States to deliver on its agreement after almost three years, seriously weakens the credibility of the Unites States to exercise leadership in the future, and leaves the IMF in limbo on its resources and governance reforms."
Cette acceptation de l'échec peut présenter plusieurs facettes: une pour la communication officielle, comme à Jackson Hole, et l'autre pour des dernières actions résiduelles d’agressivité, menées sans y croire vraiment, comme la remontée des taux et le rapatriement de capitaux de tous les pays émergents vers les U.S. et menaceraient de les faire s'écrouler, à en croire certains commentateurs. La belle blague. Non seulement cette pauvre stratégie n'a eu aucun succès contre la seule zone euro, et là il s'agirait de s'attaquer à tous les autres pays à la fois, alors qu'un fonds de réserve commun de 100 milliards de dollar est déjà en préparation entre les BRICS depuis le début de l'année, lesquels avaient justement anticipés cette possibilité? La suite est parfaitement prévisible: cette campagne anti-BRICS fera rapidement long feu et va accélérer encore la dynamique intra-BRICS. Il s'agit donc en ce moment pour l'Europe, et l'Euroland en particulier, de faire comprendre aux BRICS que nous les aiderons à passer ce moment, tout comme ils nous ont aidé à passer la crise de l'euro. C'est aussi comme cela que les partenariats stratégiques prennent corps.

Puis vient pour nos banquiers centraux la phase de test : les plus progressistes essayent tour à tour de nouvelles solutions de façon limitée, ou sans concertation générale. La dislocation amorcée par la phase d'agressivité s'amplifie. Les actions s’égrènent suivant le moment où chaque banque centrale est entrée dans cette phase. C'est ainsi que se développent les accords de swaps bilatéraux, les fonds de réserve de devises comme celui annoncé par les BRICS en mars dernier, le rachat d'or par certaines banques (Russie, Chine...) et son leasing par d'autres (Inde). Ou encore l'annonce par Poutine de vouloir modifier (cette fois-ci considérablement) le mode de calcul des quotas au FMI lors du prochain G20. C'est pour être synchrone avec ce moment que j'ai proposé dernièrement l'Initiative Multipolaire de Résilience Stratégique. 

Puis viendra ensuite la phase d’acceptation du changement par les banquiers centraux, mais ils en auront encore une perception négative ou de regret de "l'ancien temps". 

Puis viendra enfin la phase d’engagement : les banquiers centraux percevront les avantages du changement, et agiront positivement.


Explorons maintenant la partie plus délicate de notre analyse: celle des chemins politiques alternatifs.

L'empreinte des banquiers centraux dans le champ social n'est pas n'importe laquelle. Depuis un siècle exactement, elle est associée à des mécanismes de plus en plus renforcés de communication, qui ont comme fonction première de synchroniser les émotions du public avec celles des messages qui sont diffusés. C'est là que réside une faiblesse que certains peuvent exploiter à leur avantage. Si le public tombe lui aussi dans cet état de renoncement face aux difficultés de cette crise, on peut alors facilement lui faire avaler de belles couleuvres. 
Relisez l'article du FT et notez la phrase "The choice is this: impose capital controls or let the Fed run your economy." Ce qui veut dire en clair: renoncez à la globalisation financière ou bien concentrez toutes les décisions économiques et monétaires globales dans les mains de la Fed. Cette faiblesse humaine de croire facilement à la concentration des pouvoirs comme solution magique à toute crise, au leadership proclamé et à la simplification évidente du processus de décision comme préalable à toute bonne décision a été exploitée maintes fois dans l'histoire. Hélas, c'est un gouffre qui sépare une bonne décision et une décision pour le bien de tous. A retenir donc: à partir de maintenant et plus que jamais, prêter particulièrement attention aux conséquences politiques possibles de toute expérimentation diligentée dans l'urgence pour répondre à la crise "après avoir tout essayé".

Mais l'article du FT contient une autre perle: "A stable international financial system has eluded the world since the end of the gold standard. The first condition for creating one, however, is the ambition to try."
La toute dernière phrase est particulièrement ambiguë, et je vous propose de la comprendre comme suit: Le monde n'a plus connu un système monétaire international stable depuis la fin du standard or. La première condition pour créer un standard or, cependant, est l'ambition d'essayer.

Dans les prochains articles, je montrerai comment un nouveau standard or associé impérativement à d'autres conditions précises est la meilleure réponse possible à la crise systémique globale. Je m'appuierai pour cela sur les travaux de la Nouvelle Ecole Autrichienne d'Economie (NASOE) et du professeur Fekete en particulier. En effet, puisque les banquiers centraux sont découragés, et les institutions de Brettons Woods en panne, c'est la fenêtre d'opportunité tant attendue pour faire percer cette riche idée: phase de test, d'acceptation et d'engagement :)  Nous tiendrons également compte du caractère multipolaire du monde actuel.



(*) : le terme "banquiers centraux" est simplificateur et désigne ici la somme des influences prépondérantes qui s’exercent pour les décisions structurant le système financier et monétaire international. Il ne recouvre pas nécessairement et pas seulement tous les gouverneurs des banques centrales du monde.

2012/10/19

The international role of the euro remains unchanged after the last crisis : ECB review

This 11th annual review of "The international role of the euro" presents the main findings of the continued monitoring and analysis conducted by the ECB and the Eurosystem looking at the development, determinants and implications of the use of the euro by non-euro area residents. This review also examines in greater depth issues that have a bearing on the euro’s international role, the global currency order and the international monetary system (Part #1). This analysis is also  presented in the form of four special features (articles #2 to #5).

Contents:

1. Recent developments in the international use of the euro.
2. Foreigners’ appetite for euro area securities during the sovereign debt crisis.
3. The Chinese dominance hypothesis and the potential emergence of a tripolar global currency system.
4. When did the US dollar overtake the Pound Sterling as the leading international currency? The “old view” versus the “new view”.
5. Was unofficial dollarization / euroisation an amplifier of the global crisis of 2007-09 in emerging economies?
6. Statistical annex.

PDF Version :  1.64 MB (en)
ePUB Version:  10.3 MB (en)

The 4th article, based on work by Chitu, Eichengreen and Mehl, and the 3rd one, based on work by Fratzscher and Mehl, bring new details on a topic familiar to the readers of Conscience Sociale ( How to replace the world trade reference currency ? ) ;  Part 1.3 proposes updated elements to the topic covered on this page : US Dollar (and Euro) as invoicing currency.
The whole review certainly deserves your strong attention.

2012/07/11

Les barbares financiers


Les financiers aiment se représenter en classe sociale très supérieure, une jet set bien au dessus des autres mortels. On leur invente des termes qui les isolent socialement, pour mieux les démarquer : on les appelle les working rich.

Pourtant les autres gens leur trouvaient bien des défauts, et notamment sur leur déficience morale. Des comparaisons cliniques avec les profils de psychopathes patentés ont déjà été dressées, sans compter que certains économistes comme Roubini commencent à évoquer la nécessité d'en lyncher un.

En plein scandale du Libor, connu des spécialistes depuis au moins 10 ans et qui ne sort qu'aujourd'hui aux yeux du grand public (donc encore un signe que la crise est un dévoilement, une chute du monde d'avant), voici publiée une nouvelle approche de ces déviants sociaux, qui présente l'intérêt d'être statistique et par auto-évaluation des concernés. On apprend ainsi que :
  • 24% des dirigeants de Wall Street et de la Bourse de Londres estiment que des conduites malhonnêtes ou illégales sont nécessaires pour réussir dans le monde de la finance (22% aux US, 25% au UK),
  • 16 % d'entre eux ont admis qu'ils n'hésiteraient pas à commettre un délit boursier, tel que le délit d'initié s'ils pouvaient s'en tirer sans poursuites,
  • 39 % des cadres interrogés estiment que leurs concurrents ont déjà pratiqué des activités illégales ou malhonnêtes (40% aux US, 36% au UK),
  • 30 % d'entre eux affirment que leurs salaires ou leurs bonus les poussent à enfreindre le code de déontologie (28% aux US, 32% au UK), et 23% affirment que d'autres pressions s'exercent pour qu'ils le fassent (19% aux US, 26% au UK),
  • 41% des interrogés seulement affirment qu'il est tout à fait certain que leur staff n'a pas eu besoin d'employer des pratiques non éthiques ou illégales pour gagner (43% aux US, 39% au UK),
  • Seulement 55% des interrogés affirment qu'ils ne commetraient pas d'activités illégales ou non-éthiques pour gagner 10 millions de $, 
  • 30% seulement des interrogés estiment que la repression des crimes financiers par la SEC/SFO est efficace (26% aux US, 34% au UK),
  • 14% des interrogés affirment qu'ils subiraient des répercussions négatives de la part de leur employeur si ils dénonçaient formellement un cas de violation de la loi ou de l'éthique; seulement 35% estiment certain que leur employeur ne le ferait pas.
Il ne s'agit pas de s'effaroucher devant ces chiffres, mais bien de comprendre que cette industrie est tellement gangrénée par les déficiences morales qu'il est impossible qu'elle reprenne d'elle même le droit chemin et abandonne ses mauvaises pratiques. Toute transformation sociale efficace dans ce groupe ne pourra venir que d'une pression accrue de l'extérieur, qui passe tout d'abord par un remplacement complet et rapide de tous les cercles dirigeants, dans tout cet écosystème. Inutile de dire que nous en sommes encore très loin. La conclusion sur laquelle nous devons donc nous appuyer pour anticiper les évènements à venir c'est que ces pratiques vont perdurer et encore davantage se renforcer, car elles s'apparentent à de la prédation nuisible. A la différence d'un parasite, un nuisible ne s'arrête jamais de lui même de dévorer. Il est insatiable.  Mais il n'est fort que parce que son hôte le laisse faire. Le système social évolue donc par à-coup brusques, et non pas par régulation continue et progressive. 
Au delà d'actions individuelles sporadiques, la première étape sociale à surveiller est la montée en puissance de la notion de crime financier dans le droit, et des retorsions effectivement entreprises. La deuxième étape est l'appui sur ce droit pour établir des barrières géographiques sur les flux financiers (ce qui est techniquement très aisé à réaliser), et sur l'éjection de certaines entreprises au delà de ces frontières, par décret. Socialement, le banissement est une solution bien plus efficace que le lynchage. Une forme plus temporaire est l'ostracisme, qui est lui aussi un mécanisme d'auto-défense populaire, un vote de défiance politique.

Sources de l'étude
Tricher est nécessaire selon 24 % des cadres de Wall Street et de la City, Le Monde, 07/2012

2011/11/02

ESB : Quand Wall Street et la City veulent ruiner la renaissance européenne

 Ils (1) s'invitent dans les pages du Cercle des Echos et déclarent à notre place que "les peuples européens ne veulent pas d'un contrôle étroit des budgets nationaux", et les nouveaux ESB (2) qu'on veut vous imposer 

Tout d'abord, il y a une confusion volontaire entre "les peuples de l'Europe", les peuples de l'Euroland, et les lobbies bancaires de la City et de Wall Street. Que la City ne veuillent à aucun prix des Eurobonds, cela se comprend ; que le peuple anglais ne le veuille pas, ça demande à être prouvé ; et dire que les peuples de l'Euroland ne le veulent pas est un propos qui relève de la manipulation de masse. 

Quant aux ESB, ils ont une forte odeur de montage de subprimes rance, vous ne trouvez pas ? C'est encore un merveilleux moyen pour contourner la BCE par une nouvelle agence à créer (à Londres, puisque c'est un produit financier, on l'accueillera avec plaisir !), pour titriser de la dette et reproduire ici l'armageddon financier qui a eu lieu aux US, et SURTOUT éviter une fédération accélérée de l'Euroland (3) qui lui permettrait de sortir par le haut de cette crise, en utilisant les processus de démocratisation.
Ca c'est un vrai plan, dites donc messieurs. Vous savez qu'on a d'autres idées très précises sur "comment faire vraiment de l'euro une monnaie mondiale" sans avoir recours à vos services pas intéressés du tout ? Vous devriez aller proposer vos idées aux Chinois qui sont aussi en train de faire du yuan une monnaie mondiale dès 2015.

Quant à votre proposition de services pour l'Euroland, merci de ne pas nous téléphoner de nouveau, on vous appelera.

(1) le collectif "euro-nomics" rédigeant cet article est formé par 8 personnes nées ou ayant fait leurs études supérieures aux US et UK, ainsi que toute ou partie de leur carriere, et une neuvième qui est un professeur français à HEC. Malgré cela ils se réclament tous comme étant des européens, et bien peu vivent actuellement dans l'Euroland.

(2) ou "Euro Safe Bonds" : quand un financier vous déclare qu'un produit financier complexe est très sûr, et d'ailleurs que son nom le prouve, c'est le moment de lui tourner le dos.

(3) pour être attaquée de manière aussi véhémente et brouillonne, ce qui démontre leur panique, c'est que cette fédération doit être vraiment une initiative efficace.

2011/09/27

Operation Twist Redux revisited

 Fed's last operation Twist Redux is one of those events which cause immediately brutal movements on the markets (over reacting), but can only be analyzed a few days afterwards.
Some bloggers are willing to see an offensive monetary policy behind this operation, targeted towards all others majors currencies at the same time : "risk-off" strategy, reversal of carry trade, capital inflows, commodity deflation, and we can even read "king dollar is back".

Some facts are important to remember :
1) original operation Twist I (aka Operation Nudge, 21 Feb 1961-1965) was a defensive experiment for improving US balance of payments because US had to sell gold at an unsustainable rate.  
3) the Fed’s QE2 programme was comparable in size, at around 4% of total Treasury and agency-backed debt. It allows a 28% stock rally during few months, but without noticeable positive effects on Main Street, unemployment and foreclosures. Inflation was allowed to growth, too.
4) another Twist-like operation was run by the Fed... in 2009. Results are known : Wall Street rally but Main Street problems became bigger and deeper. The crisis became more and more a social one.
5) One of the most noticeable movement this time was gold and silver go down.
But if gold market was down during 2 days in a row, it only reached back to 11 August 2011 price level :

source: goldprice.org (clic to enlarge)

Gold price remains since 1971 a very significant trend. Operation Twist II has not changed this in any way. And you can see since 9/27 gold price is up again.

We may see a rally on Wall Street stocks. But like in 60's and in 2009, Fed's last quantitative easing programme will not produce any change in the real world, either for Main Street (commodities, unemployment, down lifestyle), and for inflation in US. Stay tuned to the gold market to verify this day after day, specially during 2012 election campaign.

2008/10/16

Guerre financière : Offensive de l’Europe

image Un des signes évidents de la dimension historique de la crise actuelle est la reconfiguration accélérée des alliances géo-stratégiques, que nous avons commencé à évoquer.
La semaine dernière l’Islande s’est tournée vers la Russie, désormais premier producteur mondial de pétrole brut devant l’Arabie Saoudite;
Puis l’Angleterre a nationalisé ses principales banques, agissant de manière opposée au Plan Paulson des USA, et contrariant des décennies de politique d’acquiescement à Washington.
24 heures plus tard c’est toute l’Europe qui prenait ce chemin des politiques de nationalisations préventives. Même la Suisse est maintenant passé à l’acte avec le plan gouvernemental de sauvegarde forcée de UBS, au grand dam des patrons de ces banques.
Et aujourd’hui c’est l’annonce attendue de l’Europe unie de s’engager vers Bretton Woods III avant la fin de l’année 2008 (!), mettant ainsi un terme effectif à toute allégeance envers la domination financière unilatérale des Etats-Unis. Même l’Italie de Berlusconi se joint au mouvement, ce qui est encore un signe d’isolement politique et diplomatique actuel des Etats-Unis.
Je parle bien de Bretton Woods 3 et non pas la politique financière internationale dite Bretton Woods 2 et qui existe déjà de manière informelle depuis 1995.
Les déclarations européennes n’y vont pas par 4 chemins, notamment sur les paradis fiscaux:
Treatment of tax havens such as the Cayman Islands and Monaco may be overhauled as part of any new global financial framework, Sarkozy said.
``It will be part of discussions Saturday in Washington,'' the French leader said. ``Will we continue to work with tax havens? It's a valid question. We've passed into a new era. It's a question we'll put on the table and immediately.''
Il ne s’agit rien de moins que de mettre sous un contrôle effectif national et régional les 30 plus grands banques du monde. Goldman Sachs, la chasse gardée de Paulson, ayant récemment acquise le status d’établissement bancaire, devrait normalement faire partie de la liste.
Cette demande de contrôle renforcée contraste avec l’attitude de AiG qui cherche à diminuer les volontés régulatrices sur le marché des crédits hypothécaires.
Le rendez-vous du 18 octobre entre messieurs Bush, Sarkozy (président du conseil européen pour 6 mois) et Barosso (président de la Commission Européenne) sera bien interessant à suivre.

2008/10/12

La transparence des marchés financiers

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Christian Fauré réagit à une question posée à Georges Ugieux sur la mise à disposition publiques des transactions boursières. Cette proposition de mettre en oeuvre une ouverture des données des marchés financiers pourrait-elle résoudre la crise actuelle, au moins faire qu’elle ne se produise plus ? 

Deux points sont importants à considérer, au-delà de la faisabilité technique qui est certainement le point le plus facile de l’affaire :
  • la connection immédiaite avec le domaine du politique, comme le disent d’emblée Christian et également Ugieux
  • le fonctionnement des marchés qui repose intrinsèquement sur une asymétrie d’informations entre les acteurs, comme le dit en commentaire Aleph187b
  • le fait que la crise financière s'est maintenant doublée d'une crise monétaire aux implications encore plus exacerbées dans la vie des habitants (regardez ce qui se passe en Islande)
Pour commencer soulignons que l’asymétrie pourrait perdurer dans les marchés intradays si les données sont publiées et entièrement analysées quotidiennement. De plus certains marchés de gré à gré (par exemple les règlements-livraisons de valeurs mobilières) ne font pas du tout l'objet d'un marché coté et auraient pourtant tout intérêt à être bien mieux publiquement contrôlés qu'ils ne le sont aujourd'hui.
Concernant l'asymétrie d'informations, elle a été démontrée par les travaux de J. Stiglitz depuis près de 20 ans, mais sont toujours ignorés par les tenants de l'ancienne théorie du marché “pur et parfait” et de sa main invisible qui dirige le marché.

Cette fameuse main d’Adam Smith m’a toujours fait sourire car finalement elle existe bel et bien, mais elle n’est pas du tout invisible : elle est simplement occultée. Ecoutez par exemple la fin du témoignage de Georges Ugieux, ancien directeur de la bourse de New York, si vous voulez vous en convaincre sur un exemple très actuel. On est bien loin du conspirationisme ou théorie du complot dont la simple évocation est prompte à discréditer son auteur. C’est bien ici la connexion avec certains hommes politiques dont il s’agit, à ne pas confondre avec le domaine politique que soulignait Christian. On pourra aussi relire à ce propos mon billet récent à propos des marchés financiers et poursuivre par les ouvrages de Stiglitz qui détaillent fort bien les ressorts à l’oeuvre dans le scandale Enron.

Georges Ugieux parle également d’idéologie (ici des Républicains), mais les faits des dernières semaines montrent bien que pour ces dirigeants il ne s’agit que d’un apparat de bonimenteur dont on se défait dès que l’appât du gain personnel (terme encore employé par Ugieux) inspire une autre orientation. J’évoque par là la vague sans précédent des nationalisations aux US et des limitations imposées aux marchés, qui ne sont d’ailleurs certainement pas terminées.

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  Cette prise de conscience se diffuse de plus en plus largement dans notre société. Encore une fois les faits, signaux d’alertes et les dangers étaient pourtant largement disponibles depuis longtemps. Georges Ugieux parle ainsi de la prise de conscience que les marchés financiers ne peuvent pas s’auto-réguler. Stiglitz l’avait déjà démontré en détail depuis 10 ans, à partir de l’analyse de la dérèglementation des marchés de l’énergie par exemple. Mais sa voix et celles de nombreux autres, si elle ont été entendue, n’a pas pu être comprise par notre société qui préfère les (dé)considérer comme des Cassandre, puis les oublier, ou du moins les tenir à un niveau sonore suffisamment faible pour ne pas avoir à se remettre en question. On ne se rappelle d’eux qu’au moment du désastre collectif.

Tout se passe comme si une société humaine n’aimait pas avoir à se transformer par un acte de volonté propre et par anticipation : elle préfère y être précipitée. C’est la diffusion, la maturation de ce type de connaissance dans la conscience sociale qui en filigrane m’intéresse particulièrement dans ce blog, car elles mettent en évidence les freins que l’on s’impose ou que l’on accepte.